40 ans de carrière musicale

40 ans de carrière musicale

Je ne sais plus comment je suis né. Ma mère me disait (j’allais écrire me dit souvent, c’est fou…) qu’elle avait accouché de moi avec un petit peu de misère. Dans le sens que j’étais en état de siège. Je ne voulais pas sortir et je montrais mes fesses à ceux qui regardaient entre les jambes de ma maman, les vicieux…

J’ai été élevé dans une maison où il y avait un piano dans le salon, une table de snooker dans une partie du sous-sol et dans l’autre partie de la cave, il y avait un orgue, un drum, une basse et une guitare (avec des amplis). Puis, du stock de sport pas mal partout pour jouer au baseball, golf, hockey, badminton, tennis… J’étais donc équipé pour faire un sportif-musicien. Ah ! Dans la salle de fournaise, il y avait un gros baril où ma mère laissait fermenter des cerises et du sucre pour en faire un vin assez fort merci. J’avais donc le pouvoir de devenir un sportif-musicien-alcoolique finalement. Pas mal ça qui est arrivé, haha… 

Alors, parfois, je dis que je suis né cross-side sur la table de pool. D’autres fois, je dis que je suis né dans un piano…

Méchante intro pour vous parler de ce qui m’arrive cette année. Je me rends compte que ça fait 40 ans que je joue de la musique d’une façon qui me donne des sous. Semi-professionnel qu’y disent. Je joue du piano depuis l’âge de 3 ans, et à 10-11 ans, je jouais pour les adultes qui venaient fêter des victoires au hockey, chez nous. À 14-15 ans, je jouais au chansonnier dans des brasseries, mais pour moi, le début véritable de ma «carrière» s’est fait à 17 ans. Lorsque j’ai commencé à jouer dans des clubs, 2-3 soirs par semaine. 1975…

À Windsor, à la cabane à Ti-Mile, au Rendez-Vous, L’Oiseau Bleu... Puis au Brunswick à Richmond, au Lac Dennison, chez Paulo sur le chemin de Danville, à l’Auberge St-François. Puis, à 19 ans, une coche de plus : L’Auberge des Cantons, Le Manoir de L’Estrie à Sherbrooke, à l’aréna de Richmond, celle de Windsor et départ pour la tournée du Québec, des Maritimes et de l’Ontario. Avec un groupe qui s’appelait Eureka, avec le super guitariste Gilles Tessier de Drummondville, qui a toujours gagné sa vie avec la musique. Pour ceux qui ont connu le groupe Les Québécois, ou Paradox : il a joué avec ces deux bands entres autres. Un drummer de Matane et un bassiste de Lévis se sont joints à nous.

77-78-79, on a joué partout au Québec. Tournée de la Gaspésie, Lac St-Jean, Côte-Nord, Estrie, Beauce. 4-5-6 soirs par semaine, bookés 8 mois à l’avance. On jouait du Saga (personne ne connaissait encore ça, notre drummer avait joué à Toronto et avait rapporté leurs cassettes). Max Webster, Styx, Led Zeppelin, Genesis, Yes, Vanelli, Morse Code… Je jouais des claviers, de la guitare et un peu d’harmonica. Une toune de drum, Cocaïne que le drummer venait chanter en avant. J’étais le chanteur lead, je ne savais même pas que je savais chanter pas pire… On remplissait partout oui. Des ti-culs 18-19 ans. J’ai encore des enregistrements qui me disent qu’on était pas pire pentoute, haha…

On se disait : «que les gens parlent en bien ou en mal de nous, tant qu’ils parlent de nous». Nos égos étaient pas mal égaux, un band de jeunes fantasques, tripeux. Un soir, on avait mis une corde de pendu au-dessus de Gilles et les gens se demandaient à quoi ça servait. On leur répondait qu’ils le sauraient en restant voir le show. À la fin, pendant une toune de Jimi Hendrix «Foxey Lady», il pendait sa guitare, enlevait sa strap et lançait sa guitare qui flottait au-dessus du stage, puis il se mettait à frapper dessus avec la strap. Le technicien faisait voyager le son de gauche à droite en allumant un stroboscope dans la noirceur totale. Et de l’écho remplissait la salle du son de la guitare-distorsion. Puis Gilles tombait à genoux, jusqu’à s’allonger sur le sol, la guitare se balançant au-dessus de lui. Le technicien s’en venait a la course, le transportait en haut, vers sa chambre. Croyez-moi, les gens (l’acide était à la mode) hallucinaient solide. Il y avait comme une haie qui se formait sur leur passage jusque dans les escaliers. Haha…

Le soir suivant, je mettais un tabouret à mes côtés, un téléphone installé dessus. Encore là, les questions… «Vous verrez bien ce qui se passera.» À la fin de la soirée, on finissait et on débarquait de la scène après 2-3 rappels. Une sonnerie de téléphone, je répondais et en tendant l’appareil vers la foule je disais : «it’s for you». Le you se répétait 10-12 fois… Bien sûr, on ne faisait ces trucs qu’une seule fois. Il y en a eu plein d’autres. Mais on avait aussi des explosions genre «champignon atomique», des éclairages psychédéliques… Le bon temps des tounes de 7-8 minutes et le monde qui avait de la patience et du temps.

Puis, 80-81-82-83, avec un groupe de Québec, Fugue. Jethro Tull (j’avais emprunté la flûte traversière du drummer et je me débrouillais assez pour qu’on en fasse un set complet). Du Yes, Genesis, Pink Floyd, Gentle Giant, Styx, Frank Zappa… Des shows, pas de piste de danse. Chanteur, flûte, harmonica, guitare et claviers. Avec les jumeaux Roy, Claude Parent et j’oublie le nom du bassiste, malheureusement.

Baie-Comeau, Coaticook, St-Georges de Beauce, Louiseville, Trois-Rivières, Sherbrooke, Québec, Matane, Gaspé, Sept-Îles, Paspébiac, Carleton, Donnaconna, Chicoutimi, Jonquière… Avec ces deux bands, y a pas grands places que nous n’avons pas visitées. Plusieurs «bunkers» pour finir nos soirées au petit matin. Une vie de «stars» à un certain niveau.

Puis quelques groupes top 40, dans les années 80, jamais assez longtemps. Et dans les années 90 ? Revues musicales : L’Air du rock’n’roll, musique des années 50-60. 10 sur scène. Des décors de snack-bar, des chanteurs et des chanteuses qui changeaient de costumes souvent, qui dansaient, jouaient la comédie, chantaient les hits des années folles. Le Québec, les Maritimes et l’Ontario. Reine Élizabeth et autres Hilton, festivals d’été ou d’hiver, arénas… 15 000 personnes au Festival de la Gibelotte et on ne faisait pas la première partie là… Puis Direction Country, country américain. Dolbeau, Gatineau, Caraquet, Paquetteville, Alma et multiplions… 5 ans avec ces 2 revues. 

Québec, je me souviens. Maison des Arts de Laval tout l’été 1996. Je chantais, harmonica, guitare acoustique, flûte traversière, claviers, danseur, avec 5 autres chanteurs/chanteuses et 4 autres musiciens/une musicienne. Salut Hollywood, avec Nathalie Allard, François Haché et Martin Lamothe, 97-98. Musique de films. Claviers, chanteur, danseur et même un petit numéro d'humour que les gens aimaient bien, fierté ! :-p 

Je composais et deux de mes chansons ont trouvé preneurs. Je faisais des voix sur un autre album. En 2001, Aut’Chose et son Lucien Francoeur décident de finir la trilogie commencée en 74. L’album «Dans la jungle des villes» sur lequel j’ai joué tous les claviers (B3-piano à queue-synth), de l’harmonica et des voix sur presque toutes les chansons. Un trip de 6 mois en studio qui a été suivi par un lancement aux Foufounes ; quelques apparitions à la télé et l’album en vente, puis… Chicane entre Lulu et Gauthier (le musicien-compositeur). André Di Cesare (Disques Star) en a assez et décide de mettre tout ça sur les tablettes. Le démo le plus cher jamais produit au Québec, titrent certains journaux : 95 000$. Déception de ne pas partir en tournée mais j’ai encore mon album, que je trouve bon, mais bon…

LE Capitaine Nô demande à Lucien, quelques années plus tard, si le claviériste travaille bien en studio (faut pas niaiser dans un studio à quelques centaines de piasses à l’heure). Bonne réponse de Lucien, je ferai les claviers sur l’album Évolution. Super sympa le Capitaine. Merci Cap, si jamais tu me lis ici.

Entre temps, depuis 97, Le Bluff Blues band : festival de Carleton, de Valleyfield, première partie de Shawn Phillips à Varennes, Bistro à Jojo et autres spots de blues. J’ai accompagné des chanteurs et des chanteuses à L’Empire des Futures Stars, Festival Pop-rock de Trois-Rivières, Énergie-Black Label… Le Popcycle Band, le cycle du pop : motown, soul, pop, rock, disco, dance… Avec les voix superbes d'Andrée Simard, Anie Castonguay et Richard Savignac, la mienne est plus belle. 🙂 On fait du beau vocal et j'adore. Je remplace des claviéristes à gauche et à droite, en tant que freelance, à Montréal surtout. On a entendu parler de moi et je remplace, sans pratiquer. 2014, formation du groupe Windsor Blues Band, avec mon cousin de Vancouver, bluesman bien connu dans l’Ouest canadien. Il vient faire 2 tournées au Québec au printemps et à l’automne et je l’accompagne aux claviers avec un bassiste, un drummer et un harmoniciste.

Bref, 40 ans, depuis que je suis parti de chez nous, p’tit cul de 17 ans. Je vous mets un montage-vidéo de photos, dans l’ordre chronologique, pas tout le temps... Il manque plusieurs posters ou photos de certains bands. 40 ans avec plusieurs déménagements, ça vous fait perdre des choses.

Vous savez, je ne ferai pas de spectacle hommage à moi-même. Je ne voudrais pas qu’on souligne cet événement, je le fais moi-même, haha… Mais ce sont surtout des souvenirs avec ceux et celles que j’ai jouées et que je garde précieusement et je peux vous dire que j’ai eu beaucoup de plaisir, beaucoup de chance d’avoir été sur le chemin de ces personnes. Des artistes, sauf en de rares occasions, qui avaient le feu sacré de la musique, qui avaient du respect pour les gens qui les entouraient et ceux qui venaient les voir.

Si on me demandait LA grande différence entre mes débuts et aujourd’hui, je l’ai souvent dit en show lors des dernières années : «Avant, quand je faisais de la musique, c’était le chimique. Aujourd’hui, c’est la chimie». Je n’ai jamais été une vedette, n’ai pas cherché à le devenir, mais j’ai roulé ma bosse, assez pour calculer 2 500 shows, et plus… Le prochain ? Je ne pourrais vous dire, mais j’ai hâte ! Peace and Love.

PS : (comme si ce n’était pas assez long…) J’en aurais eu long à vous écrire à propos de tournées, d’anecdotes, de rencontres… de la vie d’un musicien. Ça sera peut-être le sujet d’un prochain article. Merci de me lire et ne vous gênez pas pour laisser un commentaire ici ou sur Facebook.

 

Photo en haut et quelques images dans la vidéo : Hélène Hébert (LN2H), photographe.

 

 

 

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L’ADN, je l’ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

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6 Commentaires

  1. Mon beau Dan, je t’ai suivi de près jusqu’en 82, l’année où je suis partie dans l’Ouest. Puis je t’ai suivi de loin, par l’intermédiaire de mes frères qui faisaient une carrière parallèle à la tienne encore pendant quelques années. Puis, plus rien pendant trop longtemps…Je peux maintenant lire et regarder dans ton passé et me mettre à date! C’est tellement trippant! Merci de nous partager tout ça, tes souvenirs, tes émotions, tes talents, tes origines. Nous, tes amis, on se sent tous un peu concernés, inclus même dans tes aventures, bonnes ou mauvaises, qui ont tissé la trame de ta vie. Je t’admire mon grand ami, maintenant « virtuel » ! Joyeux Noël et Bonne Année 2016, bonne vie!

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    • Daniel-Nicolas Lapierre

      Ma chère amie SAM, toujours content de te lire. Oh oui on a des souvenirs ensemble nous deux ! Mon amie, quand tu repasseras au Québec, fais-moi savoir, qu’on se revoit. Merci beaucoup pour tes beaux et bons mots. Joyeuses Fêtes à toi et les tiens. xx 🙂

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    • Ca fait longtemps que je suis ta carrière musicale…j’ai même eu la chance de partir « en mini tournée » avec toi!
      40 ans…quel bel accomplissement! Et je sais que c’est loin d’être terminé. Je suis heureuse d’assumer enfin mon talent pour la musique et d’ainsi prouver encore plus au monde qu’on a cela dans le sang!
      Je t’aime fort Dan! xxx

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      • Daniel-Nicolas Lapierre

        Émile (y a pas de faute, je l’appelle affectueusement comme ça ma nièce), merci de me laisser ce mot, ça me rappelle encore d’autres souvenirs que je n’avais plus. Mini tournée, tu te souviens où ? 😉 Et oui, je suis tellement content que tu assumes le talent que tu as comme chanteuse. Je l’ai découvert et j’ai pu te voir en action, tu es tellement belle à voir. La passion fait partie de ta vie, dans ton travail, dans ce que tu aimes et là, la musique. Sky is the lomit qu’y disent.

        Merci beaucoup et tu sais combien je t’aime tellement. Viens chez nous quand tu veux, quand ça te tente, on chantera ensemble. xx <3 On partagera ce qu’on «a dans le sang».

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    • Daniel-Nicolas Lapierre

      Oui Gilles ! Et je n’ai fait qu’effleurer quelques moments. J’en aurais long à écrire, haha… Remonter 40 ans en arrière et revisiter les moindres recoins de cette partie de ma vie… Un roman coudon ! Merci de me lire mon ami, très apprécié. 🙂

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