À quoi ça sert un piano ?

À quoi ça sert un piano ?

Paraît que j’aurais commencé à «jouer du piano» vers l’âge de trois ans. C’est ce que m’ont souvent dit mes parents. Je ne peux pas me souvenir à quel point je jouais ou si je faisais juste aller mes doigts sur les touches de l’instrument, mais je me souviens de certains moments où j’étais pleinement conscient de ce que ça représentait pour moi de faire de la musique : c’était un exutoire.

Je suis un être humain très émotif et je peux sans crainte dire que je connais une grande variété d’émotions et que je les ai vécues pleinement. Au risque de me rendre malade. Mais j’ai su guérir bien des bobos en laissant aller mon trop plein d’émotions sur le piano. Si mes pianos savaient parler, j’aurais des pages à remplir avec ce qu’il me dirait.

Une peine d’amour ? Je m’installais devant le clavier et j’y jetais mes doigts pour laisser aller des mélodies tristes mais combien salvatrices. Ayant vécu une couple de peines d’amour, je peux vous dire que les balades occupent le haut du classement de mon répertoire musical. Doucement, mes mains se déposaient pour concocter des accords aux accents mineurs, c’est plus triste. Je pouvais passer bien du temps sur un ou deux accords, en les exploitant sur toute la largeur du meuble. J’ai composé quelques chansons qui m’ont fait un grand bien.

Des moments de joie intense où j’étais dans l’excitation ? L’instrument faisait résonner des airs joyeux sur les murs qui l’entouraient. Je n’étais pas raciste du tout : les blanches et les noires y passaient, tantôt en doubles ou en triples croches, tantôt en grandes «slides» à la Jerry Lee Lewis. J’en avais les pouces usés quand j’avais fini ma session heureuse.

Quand la colère montait en moi et qu’un piano était à ma portée, sans piocher dessus, je lui faisais vivre des moments difficiles et ses 88 notes étaient mises à l’épreuve. Rien de concret pour celui ou celle qui pouvait m’entendre. C’était plutôt de l’improvisation qui durait des heures. Mais je finissais presque toujours par revenir aux balades, parce que pour moi, quand la colère était présente, la tristesse n’était jamais bien loin…

Quand j’habitais chez mes parents, j’avais une routine. Vers 18 heures, j’allais m’installer pour jouer et ma mère venait me rejoindre au salon, s’installant dans sa chaise berçante pour m’écouter jouer. C’était souvent sans trop d’émotion que je répétais de vieilles tounes ou que j’en pratiquais de nouvelles. Ça se faisait assez machinalement. Il était à prévoir que ma mère me demanderait de lui jouer sa chanson préférée : Sometines when we touch, de Dan Hill. Je lui jouais et je la chantais et immanquablement, je regardais vers ma mère qui, soit elle pleurait, soit elle me souriait parce qu’elle aimait.

Depuis quelques années, je joue moins souvent, je ne sais pas pourquoi. Mes claviers ramassent la poussière dans le salon, sous l’escalier. De temps en temps, je m’installe pour quelques minutes, ça ne dure jamais longtemps. Après avoir joué quelques vieilles chansons, je ferme tout. Ce n’est pas parce que je n’ai plus d’émotions, oh que non ! Là, en ce moment, pendant que j’écris, je cherche à donner une raison et ça ne vient pas.

J’ai l’impression d’avoir fait le tour. J’hésite à écrire, ha haha… Eh merde ! Je crois bien que demain… Ouais, demain j’y donnerai de mon temps. Sinon, à quoi ça sert un piano ?

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

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2 Commentaires

  1. Très beau texte mon ami 🙂
    Merci pour ton partage, ton histoire est touchante. J’aime bien t’entendre jouer en tout cas. On comprend le sens de l’émotion quand une personne comme toi touche un instrument de musique car ton intensité est transposé en son et ça c’est vraiment incroyable.

    Prends soins de toi

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  2. Merci pour ce texte qui m’a donné quelques petits intermèdes.

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