Besoin de faire le ménage !

Besoin de faire le ménage !

Mon texte est peut-être lourd, mais il me rend plus léger qu’hier… (je viens de me relire) Et parce que j’ai confiance en la vie, je me confesse !

J’ai fait du ménage dans mes vieilles affaires dernièrement. Comme je le fais souvent. Je jette des choses et j’en garde, ce qui fait que je referai du ménage pour jeter et garder des souvenirs. L’autre jour, j’ai retrouvé un étui qui contenait un couteau. Je ne l’ai jamais jeté ce couteau, je le ferai peut-être après avoir écrit ce texte. Je ne sais pas…

Avec la vie que j’ai menée, avec les presque 30 mois où je n’ai pas consommé, boisson ou dope, je me rends compte qu’il y a des moments où dans des états semi-comateux, je n’ai pas toujours mesuré l’impact des mes comportements. Je l’écris pour qu’on ne me trouve pas coupable de ce que je vais vous confier.

J’avais 25 ans, j’habitais un petit village ; St-Pierre-les-Becquets. En bordure du fleuve, entre Québec et Trois-Rivières. J’étais là depuis 5 ans, ayant connu une jeune femme quand j’ai joué de la musique dans ce coin. Elle m’avait laissé et j’étais comme dans la rue… Je me suis trouvé un travail (j’avais arrêté quelques mois la musique) dans un garage, commis aux pièces. Moi qui ne connaissais rien à la mécanique. Le patron m’avais prêté des livres pendant une semaine et j’ai appris sur le tas.

Un des pompistes m’avait offert d’aller vivre avec lui dans son 2 et demi. J’avais un endroit où dormir, manger, me laver… Michel m’avait prêté le couteau que j’ai encore, pour que je puisse ouvrir les boîtes de pièces que je recevais. Il me laissait même dormir dans la chambre et il dormait dans le salon-cuisine, puisqu’il sortait tard, mais surtout parce qu’il avait un cœur grand comme la Terre.

Nous consommions beaucoup lui et moi. Il avait une blonde, mais ça allait mal dans leur couple. J’avais une nouvelle blonde depuis quelques mois et de temps en temps, nous sortions ensemble tous les quatre.

Le jour de la St-Jean 1984, nous étions allés fêter à Gentilly. Une soirée superbe, avec un band, un gros feu de camp… Je suis allé reconduire ma blonde, elle était assez saoule disons, vers minuit. C’était à peine à 15 minutes de route du party. Quand je suis revenu, Michel n’était plus là, il était parti dormir dans son auto. Sa blonde m’attendait sur le bord du feu et on a continué à boire et à fumer du «tabac de musicien»…

Plus le temps passait, plus il y avait une belle complicité entre nous. On aurait dit qu’il n’y avait plus personne qui existait autour de nous. Nos conversations tournaient autour du fait qu’elle me trouvait de son goût, qu’elle m’avait remarqué depuis 5 ans… Et c’était pareil pour moi. Puis, en bons jeunes dans la vingtaine, nous nous sommes embrassés passionnément. Nos amoureux n’existaient plus. Nous sommes allés écouter de la musique dans mon auto, en continuant de nous regarder dans les yeux et en nous disant que nous allions former un couple, les projets s’organisaient.

Je lui ai demandé pourquoi elle quitterait son Michel, mon ami. Et elle m’a parlé que ça faisait un bout de temps qu’elle voulait le faire, mais qu’il la «menaçait» de se suicider, qu’elle avait peur… Et les baisers s’enchaînaient à un rythme fou, aussi fou que le rythme de mon cœur quand j’ai vu, en ouvrant les yeux, que Michel était à côté de mon auto et il était en colère, nous insultant en criant, en pleurant. Il est allé prendre son auto et a foncé sur nous pour bifurquer à la dernière seconde puis s’en aller. J’ai dit à Suzanne qu’il valait mieux que j’aille la reconduire chez elle. Ce que je fis.

Après l’avoir déposée chez elle, je suis reparti de St-Pierre-les-Becquets pour aller rejoindre des amis qui fêtaient sur le bord du fleuve. Il faisait à peine jour. En descendant la côte, j’ai vu un canot sur le fleuve, avec deux de mes amis qui ramenaient quelque chose qui flottait à côté d’eux. En arrivant sur la plage, ils débarquaient du canot et c’était un homme noyé qu’ils avaient repêché… Cauchemar que cette fin de St-Jean 1984. Pourtant, les policiers et la morgue sont venus chercher le corps et on a continué, malgré tout, à boire et à fumer. Ce n’était pas la rigolade, mais la vie continuait pour nous…

Je suis retourné chez «moi» vers midi, assez inconscient disons. Il n’y avait plus de meubles, juste une lettre sur le comptoir. Michel me disait que je pouvais garder le logement, qu’il s’en retournait chez sa mère, que nous aurions intérêt à nous parler… Suzanne est arrivée un peu plus tard, en me demandant ce qui allait se passer pour nous deux et je lui ai dit que j’étais perdu, que ça serait mieux qu’on ne se fréquente pas. On était chamboulés tous les deux, amoureux que nous étions quelques heures plus tôt, il n’y aurait pas de suite. J’avais peur de la réaction de Michel et elle comprenait et m’a dit qu’elle allait essayer d’arranger tout cela.

Les semaines qui ont suivi furent pénibles. Michel n’était pas revenu travailler au garage. Il disait aux gens du village que j’allais manger une volée et me faisait mauvais presse. Je l’avais bien mérité… Nous nous sommes revus au mois d’août et nous nous sommes parlés assez durement, lui surtout. Moi, je me sentais coupable d’avoir brisé son couple et d’être encore avec ma blonde qui m’avait pardonné. Il est reparti sans me frapper…

Quelques semaines après que j’aie vu Michel, Suzanne est arrivée chez moi en pleurant. Je ne comprenais pas, mais j’avais des doutes… Il s’était enlevé la vie. Là, j’ai de la misère à écrire, soyez-en assurés. De la misère à croire que je ferai lire ceci, mais je sens le besoin de le faire. Je n’ai presque jamais parlé de cet événement assez troublant, peut-être pour ne pas me sentir coupable de la mort d’un gars qui avait été si aimable avec moi… Mais il était troublé, je le savais, je le connaissais. Mais jamais, au grand JAMAIS nous n’aurions cru qu’il passerait de la parole aux actes.

Je suis allé au salon funéraire, je me souviendrai toujours comment je me sentais en le regardant dans son cercueil et en regardant Suzanne qui ne cessait de pleurer. Combien j’ai pu me sentir coupable d’avoir peut-être provoqué tout cela… Mais les jours, les semaines, les mois, les années continuaient de passer, pendant que je consommais toujours autant et que ma vie continuait…

Je n’écrirai pas plus longuement… Pour moi, c’est comme un deuil que je n’ai probablement jamais fait, je n’étais pas dans des états très sains dans ces années…

C’est la semaine de la prévention du suicide : ce n’est pas une solution. J’écris ça sans jugement pour Michel ou quiconque est passé par là… ET pour ceux qui restent.

À chaque fois que je fais du ménage, je retrouve ce couteau dans son étui. Je l’ai depuis 33 ans et il restera là où il est…  

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Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L'ADN, je l'ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

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2 Commentaires

  1. Je suis très touché par ton texte, Ca sort de ton coeur et c’est venu me chercher… Dans ce texte qui peut paraitre sombre, je vois un gars qui s’installe tranquillement dans les rayons de soleil … Un gars qui prends conscience de son passé et qui encore une fois tranquillement prend sa place afin de vivre une belle vie … Tu auras toujours les marques du passé on ne peut nier ce qu’on est… Tu as un coeur d’or et continue de faire le ménage car tu deviens plus grand à chaque fois … Les gens seront touchés par cette confession car s’en est une .. Et pour ton ami, je te dirais qu’on est tous lié à un karma… C’était le siens… Si tu n’avais pas été là, un autre l’aurait fait à ta place… Nous ne sommes garant de personne et tu n’es responsable de ça… Aujourd’hui, avec ta sagesse ta maturité, tu pourras profiter de la vie… Ta fille, ta blonde, les gens que t’aiment auront le meilleur du Daniel-Nicolas … Le timing est plus que parfait…. Je suis très heureux de faire partie de tes amis et je sais que la vie nous réserve de très belles surprises… Merci d’avoir raconter cet épisode de ta vie … Pour certain ce sera un cadeau, car ce texte ouvre la porte de ton coeur et donne espoir… Voilà, j’espère malgré la fatigue que je n’ai pas trop scrappé ce que je voulais dire et que je me suis bien fait comprendre car je ne me relierai pas ç est trop long Lolll je t’apprécié beaucoup Dan …

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  2. Hier ma belle-soeur m’as remis l,épingle à linge Avec le petit papier blanc sur lequel on peut lire  » T’es importante pour moi »,,,,,,Je te trouve bien courageux de partager une expérience aussi troublante car cela a dû te bouleverser pendant des années; cette semaine est dédiée à la prévention du suicide, ma soeur aînée s,est suicidée le 8 juillet 2012 et j,ai trouvé cela bien difficile même si j,ai compris son geste. Merci Dan pour ton partage et ton courage car moi je sais pas si j,aurais été capable de faire ca.

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