C’est bien 2016 ?

C’est bien 2016 ?

Au lendemain de la journée sur les maladies mentales… et quelques jours après avoir «parlé» du même sujet, je boucle la boucle. 

J’écoute très rarement la radio et je ne regarde pas trop souvent la télévision, si ce n’est que des émissions sans annonces. Aujourd’hui, 28 janvier 2016, je suis sorti une demi-heure en automobile et j’ai changé de poste quelques fois. J’ai entendu 2-3 fois une annonce de jeune fille qui essayait d’expliquer à son amie qu’elle n’allait pas bien. L’autre parlait par-dessus elle et la jeune qui n’allait pas, finissait par dire : «OK, on va aller magasiner». Et, deuxième «scène» avec une autre amie qui l’écoute jusqu’au bout et lui demande ce qu’elle pourrait faire pour l’aider. Et ces annonces finissaient par me dire que ça parlait de dépression, de maladies mentales et que ça existe VRAIMENT. Vous avez entendu l’annonce ? Avez-vous réagi ? Moi je vais le faire…

28 janvier 2016 et encore obligé de dire aux gens «normaux» que les problèmes de santé mentale, les dépressions, les troubles bipolaires et autres bibittes dans le «nique à poux» ça existe ! Y a-t-il quelqu’un dans mon entourage qui croit qu’un simple «botte-toi les fesses, arrête-moi ton braillage» va aider quelqu’un qui n’en peut plus d’avoir la tête qui éclate, qui voudrait seulement dormir, s’étendre sur l’asphalte et se laisser mourir ? Je sais, je sais, le monde est stone. Luc Plamondon vient de faire 5 cents de droits d’auteur. 

Oh ! Je ne crois pas que je suis parti pour jouer dans l’humour et je ne veux faire pleurer personne non plus. Mais pour être une de ces personnes qui ont besoin de médicaments pour ne pas chier partout, je vous dirai… Je… Je vais parler de moi, vous ferez ce que vous voulez : me croire, rire, penser que j’exagère…

Pilules, thérapies, sevrages. Reprises de petites pinunes (un moment donné tu ne sais plus comment les nommer pour ne pas dramatiser ton état), ont fait partie de ma vie depuis 25 ans et en font encore partie. ET vous savez quoi ? Je vais bien. Merci la vie de faire en sorte qu’il y a des personnes qui comprennent, autour de moi. Si vous me lisez et que vous pensez encore que les gens s’inventent des maladies pour ne pas travailler ou pour être prises en pitié, arrêtez de lire ici ou continuez et enlevez vos œillères, SVP !

Quand tu es arrêté à un feu rouge et qu’il y a des autos tout le tour de la tienne, que ton pouls monte dans les 140, la sueur coule sur ton front à moins 20, que t’as l’impression que ton cœur est remplacé par un bloc de glace, que tu vas faire une crise cardiaque, que tu ne sens plus tes lèvres… Que TOUT CE QUE tu aurais le goût de faire, c’est de te lancer en dehors de ton auto en criant AU SECOURS… Tout ça en plus ou moins 15 secondes… Y a pas de place pour le plaisir, le rire ou même le bonheur, croyez-moi. Et c’est un exemple, parmi des dizaines d’autres, de moments de panique, d’anxiété, de crise panique, d’angoisse, appelez ça comme vous le voudrez bien : ÇA EXISTE. Je n’étais pas sous l’effet d’aucune substance illicite quand ça m’arrivait au début de «ce que je ne comprenais pas». 

Et là, on se dit qu’on est intelligent, que rien ne nous fait peur, que… Rien à faire quand ça arrive. Anxiété sévère généralisée qu’on m’a diagnostiqué. Avec troubles de la personnalité limite quelques années plus tard. Ça, c’est proche de la bipolarité selon les tests DSM 4 (IV, ça s’écrit mieux en psychiatrie).

Ne vous voyez pas nécessairement borderline en vous comparant à ce que j’écris. S’auto-diagnostiquer n’est pas recommandé, par personne, surtout pas par moi, mais je vous donne des signes de ce que représentent une vie «normale» de certains «troublés à la limite»…

- Chercher continuellement à éviter l’abandon réel ou imaginé. 

- Les impulsivités : sexualité, toxicomanie, dépenses, boulimie, conduite automobile (Je roulais à 200 le toit de ma décapotable enlevé, en parlant au cellulaire… parfois, pas tous les jours)

-  Pensées suicidaires, comportements de même acabit (lisez à la vitesse que je pouvais conduire, parfois…) et passage à l’acte ; du moins avoir essayé, une seule fois, pardon mon oncle…

- Relations interpersonnelles tantôt merveilleuses, allant jusqu’à idéaliser l’autre et plus tard exécrables, dévalorisant la même personne. Et CETTE personne, souvent, c’était moi. Dans ce qu’on pourrait appeler la perturbation de l’identité.

Et VOUS qui me connaissez, sans savoir ce que je viens de vous écrire, êtes-vous en train de vous dire : «ben voyons, Dan Lapierre arrangé de même, impossible» ? Je passais pour un gars au-dessus de ses affaires, «frachier» à la limite. Vous n’auriez pas pu vous imaginer qu’en dedans, je souffrais. Que quand vous me regardiez, parfois, je n’étais même pas là, à jeun ! 

Bon, là dites-vous encore que je vais TRÈS BIEN, merci ! Je parle du passé, heureusement. Mais c’est à force de travail avec des psys, médecins, introspections, organismes… que je vais bien. Et des pilules, je devrai probablement avoir à en prendre le reste de mes jours. Pis c’est correct. TOUT est correct, même si TOUT est relatif. 🙂

J’entends des lecteurs qui se disent qu’il y a d’autres options plutôt que les pilules. Non je n’entends quand même pas des voix, mais on m’a tellement répété de faire ci ou ça sans jamais avoir été dans ma tête, dans ma peau. Je l’aurais donnée cette peau, mais à qui ? Je n’aurais pas souhaité à personne de vivre 5 minutes dans mes états. Tsé, imaginez-vous que vous n’avez pas dormi depuis 2-3 jours (ou très peu), même «normal», un humain a ses limites non ? Bien quand ça n’arrête pas de tourner dans ta tête, ça fatigue, ça dort mal ou peu et ça empire. Repos, moyens de relaxer : yoga, méditation… On reparlera de pilules une autre fois, ou peut-être jamais.  

Si je vous dis que personne n’a été capable de me faire du tort autant que moi-même, vous comprendrez que je ne peux haïr personne. Personne n’a jamais été aussi déçu que moi-même quand je ne réussissais pas quelque chose normalement simple à réaliser. Quand tu ne réussis pas à trouver l’estie de poignée de porte pour sortir, le temps est long en dedans. «Sors de chez vous cibole», que j’entendais me dire. Je peux vous dire que la dernière chose que je souhaitais qu’on fasse avec moi quand je réussissais à m’ouvrir à quelqu’un, c’était qu’on banalise mon état… J’aimais jouer à la victime ? Haha… Pas devant les autres en tout cas !

SVP ! Si quelqu’un a le courage de vous dire qu’il souffre (je ne mettrai pas de parenthèses autour du verbe souffrir), ne faites qu’écouter. Ne donnez pas de conseils, ne suggérez rien, écoutez SVP ! Et après, vous pourrez lui demander ce qu’il (elle) souhaiterait que vous fassiez pour l’aider. Je suis CERTAIN que cette personne qui eu ce courage qui demande beaucoup de courage (non je ne suis pas perdu, je veux mettre l’accent sur «c’est dur en tab… de parler de ses problèmes encore tabous en 2016», cette personne, disais-je, vous sourira sûrement ou vous fera un gros câlin en se sentant le moindrement du monde comprise. Compris ?

Je n’ai qu’effleuré le sujet, mis des exemples. Tout ça a coulé spontanément, comme toujours quand j’écris. Je vous répète de ne pas interpréter quoique ce soit qui a été écrit dans ce texte, sinon pour aider, si possible, à comprendre que la maladie mentale existe, plus qu’on ne le pense. En même temps, j’espère que mon texte n’aura pas créé de malaise à quiconque l’aura lu. On reste fragile, même en allant bien.

Je relis et je vous mets ça sur mon blogue, je ne retouche rien. Vous aurez eu ce qui a de plus «chaud» comme texte. MA réaction au fait que je viens de repenser à ces annonces à la radio, tsé celles dont je vous parlais au début ? Haha… 

SANTÉ TOUT LE MONDE ! Physique et mentale…

Photo de Stefania Rossi, photographiste.

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L’ADN, je l’ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

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