Correction : amour-incompréhension

Correction : amour-incompréhension

J’ai écrit un texte hier, sur la relation amour-haine que j’ai entretenue avec mon père. J’ai reçu quelques messages où les gens m’écrivaient qu’ils me trouvaient durs avec mon père, ou qu’ils trouvaient ça dommage que ça passe de mon idole à rien du tout, l’espace de quelques phrases. En trois pages, je ne peux quand même pas écrire des chapitres de ma vie.

C’est drôle, mais hier j’hésitais à mettre mon texte sur mon blog, il y avait comme quelque chose qui m’accrochait, qui me dérangeait. Aujourd’hui, une amie m’a écrit qu’amour-incompréhension serait peut-être plus juste, après qu’elle eût lu mon texte. Merci SuZanne, c’est en plein ça qui me dérangeait, je n’ai pas de haine envers mon père.

Mon père a été un sportif qui visait l’excellence et qui était très perfectionniste. Comme j’ai écrit, il aurait peut-être voulu que je fasse la vie qu’il aurait voulu faire et non la mienne, celle que j’ai décidé de faire. Un lecteur m’a écrit que mon père était peut-être déçu que je ne sois pas devenu le «Ben Junior» qu’il aurait voulu que je sois, mais que j’avais d’autres talents qu’il reconnaissait sûrement et qu’au fond de son cœur, il devait assurément m’aimer. D’accord ! 🙂 

À vrai dire, j’ai moi aussi excellé dans le sport, à mon niveau. Que ce soit au hockey, au baseball ou au golf. Mais je ne sens pas le besoin de mentionner que j’ai reçu plein de trophées que j’ai presque tous jetés en déménageant. Je n’ai pas besoin de me bercer en regardant ce que j’ai fait de bon dans mon passé. J’ai mes souvenirs, pas besoin de les montrer aux autres.

Mon problème ?

J’ai passé ma vie à chercher l’approbation de mon père. À chercher à lui plaire, à ce qu’il soit fier de moi. Ce sont mes attentes qui n’ont pas été comblées. Aujourd’hui, je n’en veux pas à mon père et je suis toujours aussi fier de lui et de ses exploits. Je suis fier aussi que les gens l’aiment, il est très diplomate mon père et il sait vivre.

Bon, certains diront : « passe à autre chose, ne vis pas dans le passé… » J’ai toujours eu l’impression de ne pas être à la hauteur de ce que les autres attendaient de moi. Autant je rêvais d’être Ben Lapierre quand j’étais jeune, autant je rêvais d’être Dan Lapierre, tout court, en vieillissant. Les gens de mon âge me reconnaissent en tant que tel, mais les plus vieux, quand ils me voient, ils me disent «t’es le fils de qui» ? Je réponds le fils de Ben, et là, là seulement, j’ai l’impression d’être quelqu’un aux yeux des autres parce qu’ils en ont des choses à me dire à propos de mon père, combien ils «l’admirent». Combien j’ai de la chance d’avoir Ben Lapierre comme père…

J’ai compris, quand j’ai parlé à des amis, que mon père était une bonne personne, qu’il n’était peut-être juste pas un bon père… Ou, un père de son époque ?

Mon incompréhension ?

Que malgré la différence d’âge, une génération, nous n’avons pas été de communiquer mieux que cela. Que je n’ai pas été capable de lui dire que j’avais besoin d’avoir son attention. Ou qu’il ne soit pas capable de me dire des choses qui m’auraient fait du bien, qui m’auraient rassuré… Mais bon, les fichues attentes faut croire, haha…

Dans ma vie, j’ai souvent pleuré, seul dans mon coin. J’avais de la peine, je pensais à mon père et j’aurais tout donné pour qu’il soit juste là, me passant la main dans les cheveux, comme pour me réconforter. Quand je l’appelais, j’avais le temps de lui dire que j’avais joué un beau 73 au golf, même un 70 lors de ma meilleure partie à vie. Il prenait alors la parole sans me féliciter, pour me raconter ses exploits, comment il avait pu impressionner les autres, blablabla… On me dira : « Mais Dan, tu cherchais à impressionner ton père ! ». Je répondrai que je ne cherchais qu’une chose : qu’il soit content de moi, qu’il soit content pour moi, je n’ai jamais entendu des mots que j’attendais. Je me faisais trop d’attente ? Les hommes de cet âge ne sont pas capables de communiquer leurs émotions ? Bien, j’ai fait avec, mais non sans tristesse…

Aujourd’hui, je veux juste dire que j’aime toujours mon père, autrement que lorsque j’étais petit. Il n’est plus mon idole, mais je sais qu’il est une bonne personne. Il est de cette génération qui n’exprime pas ses sentiments, je respecte. Moi, je suis fait d’émotions et j’ai des sentiments. Alors, quand on se voit, on n’a pas grand-chose à se dire.

J’ai des amis, que j’ai choisis, qui m’ont choisi, qui m’acceptent comme je suis, ça me suffit.

Voilà, mon père restera le plus fort et je le laisserai m’aimer en silence.

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

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