La musique, dans mon temps…

La musique, dans mon temps…

Sherbrooke, décembre 1978…

Le Manoir 77, un bar où il passe des groupes rock, du jeudi au dimanche. Paraît que c’est le spot pour aller voir les bons bands du Québec et de l’Ontario dans la ville reine des Cantons de l’Est. Les gens qui fréquentent la place recherchent une certaine qualité de musique rock. Ils sont connaisseurs, un beau défi pour un musicien dans ce style.

Les gens arrivent de bonne heure et avant 21 heures, le portier refuse déjà du monde parce que c’est plein à craquer. Des tables pleines de tripeux.

À 21 heures pile, le stage est éclairé par le technicien qui mêle de la boucane aux lumières bleues. Juste assez d’éclairage pour voir 4 silhouettes monter sur les planches. La fumée de cigarette dans la salle, forme un nuage qui crée une ambiance feutrée, avec l’éclairage tamisé où le rouge domine. Les gens baissent le ton et se retournent vers la scène. Un son d’orgue lié au Leslie se fait entendre. C’est l’intro d’une toune de Styx : «Blue collar man…». C’est parti pour une autre soirée d’échange d’énergie entre 4 gars et 200 personnes qui sont sorties pour se changer les idées.

Un drummer, un bassiste, un guitariste et un chanteur lead qui joue des claviers et de la guitare. Des backs vocals solides, tout le monde chante. Un technicien de son à la console Soundcraft s’arrange pour que ça sonne bien et ça sonne, parole de fans qui suivent ce groupe de jeunes qui ont formé EUREKA… Les immenses colonnes de son JBL crachent dans la foule, ce que les gars jouent avec intensité.

Plein de souvenirs de ce temps où les musiciens vivaient bien de leur passion. EUREKA, c’était mon band. Avec Dany Pelletier de Matane (drums), Alain Laverdière de Lévis (basse), Gilles Tessier de Drummondville (guitare) et moi de Windsor (voix-claviers-guitare). On n’était pas vieux, non; 19-20 ans à peine… Mais à l’échelle, on était comme des petites stars. On avait nos fans, partout où nous passions.

Nous voulions faire parler de nous. Notre devise était : «…qu’ils parlent en bien ou en mal de nous autres, mais il faut qu’ils parlent de nous autres…». Et nous faisions pleins de petits trucs pour éblouir : éclairage de circonstance et son pesant (stroboscope, fumée, explosions du genre champignon atomique)…

Ce soir-là, à Sherbrooke, il y avait une corde de pendu au-dessus de la tête du guitariste. Les gens se demandaient à quoi elle allait servir. Pendant une toune de Jimi Hendrix, Foxy Lady, le guitariste empoignait la corde nouée pour l’attacher autour du haut du manche de guitare et il balançait son instrument au-dessus de la scène. Sous l’effet des stroboscopes, il fouettait les cordes avec sa strap, pendant que le technicien faisait promener le son d’un côté à l’autre du stage. Avec cet éclairage, on aurait dit que le guitariste bougeait au ralenti. Des images saccadées, un son d’enfer et les gens applaudissaient avant même que la toune ne soit terminée. Il finissait son fouettage à genoux, semblant étourdi sur le stage et le technicien était venu le chercher dans ses bras pour l’emmener vers le deuxième étage. Dans la salle, les gens se pressaient pour venir autour du musicien qui avait l’air de faire une overdose. Ça faisait parler…

Le lendemain, un nouvel accessoire apparaissait sur la scène et nous nous faisions demander à quoi ça servait. En réponse : «vous verrez en temps et lieu». Et il se passait quelque chose qui faisait jaser.

On avait monté un répertoire pour plaire aux gens, mêlant le classic rock connu au rock de groupes canadiens inconnus à l’époque, Saga et Max Webster. Du Led Zeppelin, Van Halen, Styx, Frank Marino, Deep Purple, Hendrix, Genesis… Dans la salle, il y avait des musiciens qui venaient jaser avec nous 4 pendant les pauses. Y avait pas 2 soirs de faits sur les 16 shows à venir, que des liens s’étaient créés. Y avait du monde dans les chambres en fin de soirée, du monde qui voulait triper avec les musiciens. Tite pof de hasch, bière, champagne certains soirs et d’autres substances du dealer de la place, party qui durait un mois… Ce sera comme ça pas mal partout où nous nous produisions. Un mois, à jouer 4-5 soirs par semaine. À Sherbrooke, mais aussi à Matane, à Sept-Îles, à St-Georges de Beauce, Paspébiac, Disraeli, Gaspé, Donnacona, Lambton, Deschaillons… Bookés des mois à l’avance (les bars marchaient à la fin des années ’70) et le groupe avait du beau travail, de belles gigs dans des places réservées au rock.

Dans ce temps-là, on pouvait se permettre de jouer des tounes de 6-7-8 minutes, les personnes présentes prenaient le temps d’écouter au complet.

Cette époque est révolue. De nos jours, je ne connais plus de groupes qui jouent aussi souvent dans des places de spectacles rock ou autre style. Jouer environ 200 soirs par année ? Ça ne se fait plus au Québec, pas en groupe, comme dans le temps… Jouer une pièce qui dure plus de 3 minutes, ça ne passe plus souvent…

J’ai la nostalgie de cette période de ma vie. Merde, je recommencerais demain soir… Et j’en connais des musiciens qui feraient à nouveau la tournée…

Dans mon temps, c’était le bon temps… 😉

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

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3 Commentaires

  1. Merci Dan, pendant quelques minutes, je me suis sentie propulsé dans ces belles années musicales 🙂 Une belle nostalgie qui rechauffe en ce mois de janvier !

    Au plaisir, prends soins de toi !

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  2. Oui vraiment une belle époque quand on y pense..merci Dan

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  3. Salut Dan cela nous manquais continu de nous écrire. Bonne année 2018

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