La première fait que j’ai fait l’amour

La première fois que j’ai fait l’amour.

Quand je descendais dans ma petite ville d’à peu près 5 000 habitants, on se retrouvait presque toujours chez ma sœur. Cette journée de l’été des années 90 ne faisait pas exception. Ma sœur, mes frères, ma mère, un ami, le chum de ma sœur et moi avions pris quelques petites bouteilles de broue par un après-midi ensoleillé qui m’avait fait tourner au rouge. Après le souper, quelques petites bouteilles de rouge (cette couleur m’accroche on dirait) et de brunes plus tard, nous étions dans le salon, à raconter nos mauvais coups, à rire comme on était capables de le faire. Puis je leur demandai si je leur avais déjà raconté la première fois que j’avais fait l’amour. Tout le monde avait l’air ébahi, ce qui me fit comprendre que j’allais pouvoir leur partager ce moment intime… J’avais le droit. Chez nous, on en avait entendu de toutes les couleurs. Et je me suis mis à raconter…

 

Comme prémisse, je dois vous dire que j’ai toujours été un peu «spécial». Dans ce sens que j’ai commencé à boire à 13 ans et que l’année suivante, j’ajoutais du tabac de musicien à mon bagage pour m’étourdir. Vinrent ensuite, dans l’ordre, le buvard (pas celui qui sert à écrire, mais celui qui fait voir des choses qui ne sont pas là). La mescaline, le Crystal, le THC et les pellicules du diable qu’on prend en se mouchant à l’envers. Disons, que, en tant que gars qui faisait la tournée du Québec, des Maritimes et de l’Ontario pour jouer de la musique, j’étais assez «normal». Tout le monde, chez nous, savait ces choses et on ne se surprenait de rien avec moi. Ah, et j’avais un rêve ! Je me disais que la première fois où je ferais l’amour, la fille serait vierge et moi aussi, et on passerait le reste de nos jours à n’avoir eu qu’un seul vrai amour. J’étais romantique quand même… Alors…

 

«J’avais presque 20 ans». Une seule phrase et des sourcils froncèrent devant moi. «C’est comme ça, que voulez-vous que je vous dise ? J’ai eu des blondes comme tout le monde, mais j’étais assez gêné. Puis, en jouant de la musique, j’ai rencontré des filles un peu partout, comme tout ‘bon musicien’ de club. Mais je n’étais pas en amour, alors, un peu de frenchage, de touchage… Rien de plus, mon rêve devait se réaliser.» Ha haha… Arrête de nous niaiser… 20 ans ?...

 

«À l’été 78, j’étais allé à Sherbrooke, avec Guy Malo. Vous connaissez les Marches du Palais ? Bon, on est allés prendre un verre et fumer une p’tite pof là-bas. Puis, quand on est sortis, il faisait super beau. Chaude nuit, vers 1 heure du matin. Il y avait une voiture stationnée sur Wellington et deux filles fumaient un joint. Ti-Guy me suggéra qu’on aille leur parler. En boisson et un peu gelé, j’étais pas mal plus sûr de moi. Alors, on les approcha et on alluma un joint de haschich, plus ‘class’ que leur pot… Et l’odeur les fit sourire. On se mit à leur parler en échangeant quelques shoot-guns. J’étais comme en petit bonhomme près de la portière de celle qui n’était pas dans le siège de la conductrice. Et ça jasait pas mal. Après une vingtaine de minutes, elles devaient partir et Isabelle, qu’elle se prénommait, me demanda si je voulais son numéro de téléphone. Mon cœur a fait une syncope, dans le genre en tout cas. Vous savez, dans ce temps-là, les filles ne prenaient jamais les devants, ça n’a pas beaucoup changé, remarquez.

 

J’avais le numéro de téléphone d’une fille que je connaissais à peine, qu’elle m’avait laissé et je pouvais l’appeler quand je voudrais. Ça a pris 3-4 jours avant que je ne le fasse. Je la revoyais : de beaux yeux verts, brune, pas mal jolie, intéressante, drôle, pas compliquée, un sourire à faire qu’on se rappellera d’elle, quoi qu’on décide de faire. 3-4 jours, que je vous dis, parce que j’appelais tous les soirs, mais je n’arrivais pas à faire le dernier chiffre. Trop peur de me faire niaiser, de ne pas savoir quoi dire, d’avoir l’air niaiseux… Il n’y avait pas la boisson, la dope, l’ambiance pour que je sois plus ‘game’. Mais, comme j’allais avoir 20 ans en novembre, que je commençais à douter que je sois encore vierge à 40 ans… Je me disais que c’était peut-être ELLE ! Et je finis par la joindre.

 

Elle habitait le secteur du Domaine Howard», Hein ? Un coin de riches… Des grosses maisons… «Elle m’a demandé d’aller la chercher le vendredi soir. On pourrait aller veiller ensemble. Coin de riches comme vous dites, je ne me sentais pas à la hauteur, fils de famille de classe moyenne…

 

J’avais son adresse, j’irais la chercher vers 8 heures, le vendredi. C’est ce que j’ai fait. En arrivant devant la maison, j’ai regardé 2-3 fois si j’avais la bonne adresse, renfoncé dans le fond de ma Mercury Montego Spécial Édition que mon frère m’avait vendue. Mon premier char, superbe bagnole ! J’aurais pu être assis par terre, sur l’asphalte, la langue traînant dans la rue, c’aurait rien changé : estomaqué ! Une grosse chiotte, sur un terrain surélevé, des marches à n’en plus finir pour arriver à l’entrée…

Puis, je me suis dit qu’il fallait que je fasse un homme de moi, malgré que mon cœur battait à en faire trembler ma tête. J’ai sonné à la porte et j’ai entendu comme les carillons d’une cathédrale qui résonnaient en dedans. Un grand monsieur mince et chic est venu m’ouvrir. Avec une bouche en trou de cul de poule, il m’a dit : - vous êtes Daniel, je suppose ? J’ai répondu en hochant de la tête, comme pour qu’il ne se rende pas compte qu’elle tremblait. Il n’avait même pas encore posé les yeux sur moi, regardant quelle sorte de voiture j’avais, j’imagine, parce qu’il regardait en direction de ma MMSE 76. Elle devait le rassurer sur mon statut social, parce qu’il m’a laissé entrer. Et il lança un – Isabelle, il y a un jeune homme qui t’attend. Je ne me souviens même pas si je lui avais dit que je voulais voir Isabelle, c’est vous dire comment j’étais mal à l’aise.

 

Il m’a demandé de l’attendre dans le hall d’entrée et il est reparti. Je regardais cette immense maison et je n’en revenais pas que des gens aient autant d’argent. Plein de questions sans importance traversaient mon esprit. Tout à coup, j’ai vu un grand escalier qui montait le long d’un mur. Du bois qui doit valoir cher que je me disais… Puis, une intrigante construction ajoutée au mur : comme deux rails à l’horizontale et un petit plancher tout en haut de l’escalier. Le temps de me demander ce que c’était, que… ouf !

Tout en haut, j’ai vu Isabelle arriver… en fauteuil roulant !». Ben là… Voyons, tu l’avais déjà vue, tu lui as même parlé... «Oui, mais je n’ai jamais vu plus que la moitié de son corps. Elle était assise dans une auto, elle n’était pas debout». Hein ?... Ben là, tu niaises ?... «J’aimerais bien niaiser, mais on dirait que mon rêve venait de s’écrouler. Qu’elle ne serait pas ELLE. Fini… J’avais envie de me pousser. Pendant qu’elle descendait dans ce genre d’ascenseur, je la voyais sourire comme s’il n’y avait rien d’anormal. Elle était toujours aussi belle, mais elle avait des petites jambes… Son père est revenu dans le décor pour lui demander de ne pas rentrer trop tard. Trop tard ! Pour moi aussi… J’ai voulu l’aider, comme un malhabile qui ne sait plus quoi faire. Elle a descendu jusque dans le drive way, comme une grande fille. Puis jusqu’à côté de mon auto. Je n’avais pas dit un seul mot, ma tête était remplie de déception…

 

Je l’ai embarquée dans mon auto, en mettant sa chaise sur le siège d’en arrière et on est partis vers le centre-ville. Elle me parlait et me souriait, me demandait si j’avais passé une belle semaine et je me suis mis à lui parler que j’étais musicien, que j’avais pratiqué, qu’on était en break, que j’allais partir en tournée à l’automne… Et tout coulait, sans jamais qu’on parle de son état physique, je n’osais pas demander ce qu’elle avait. En 78, tabous… Puis, elle m’a demandé si je voulais aller Aux Marches du Palais. J’aimais bien cet endroit et nous sommes allés là-bas. Je vais mettre les détails de côté, mais disons que j’ai passé une soirée superbe avec Isabelle. On n’a pas dansé, mais on a jasé toute la soirée. Jamais de ma vie, je n’avais eu autant de plaisir et de facilité à parler avec une fille. J’ai fini par en oublier son état. On s’est embrassés plusieurs fois, j’étais bien. Mais c’est sûr qu’à tout bout de champ, je me disais que ce serait seulement ça et une soirée, point ! On a bu, on a fumé, on a ri…

 

On est repartis vers minuit, s’embrassant longuement avant de démarrer. Et puis je me suis arrêté en face de chez elle et… Ouf !» Quoi ?... «Elle m’a demandé si j’étais pressé, si je voulais qu’on aille s’asseoir dans le petit parc devant chez elle. OK que je lui dis. Et nous sommes allés nous asseoir sur un banc. Beau petit parc, un petit boisé… Pis, on s’est embrassés comme des malades. Je me sentais bien et mal à la fois. Jusqu’à ce qu’elle me demande… Ayoye…» Ben, arrête d’étirer la sauce… C’est quoi qu’elle t’a demandé ?... «Elle m’a dit dans l’oreille, qu’elle avait envie de faire l’amour avec moi» Hein ?... Elle pouvait ?... Devant chez elle ?... Une fille qui demande ça ?... «Exactement ce que je me suis dit. Une fille qui, déjà, m’avait laissé son numéro de téléphone et qui me demandait de lui faire l’amour… Scusez-moi, mais pour moi c’était une fille facile et en même temps, je ne savais même pas si elle se sentait le bas du corps, devant chez elle, dehors… Pis comme j’approchais 20 ans, je me suis dit que les rêves seraient pour une autre fois…

 

Je lui ai demandé comment elle voulait qu’on s’installe. Et là, c’est le top des tops, elle m’a dit, emmène-moi dans tes bras, on va aller dans le petit bois juste là !» Le silence total chez nous, grande première depuis des lunes… «Je me disais que ça n’avait pas d’allure, le premier soir, elle avait même son spot, mais bon… Tellement belle et j’avoue que quand on s’embrassait, j’oubliais tout, ou à peu près. Je l’ai emmenée dans le petit bois et je l’ai déposée par terre, m’apprêtant à m’installer près d’elle. Elle m’a demandé, écoutez bien ça, de la prendre dans mes bras et de l’approcher de l’arbre devant et… elle s’est agrippée à une branche à environ 3 pieds du sol…» Ben voyons… Arrête ça là Dan… «Non, je vous dis. Je n’en revenais simplement pas. Je me disais que ces filles de riches étaient spéciales en tabarnouche, que c’était une petite fille gâtée et j’en passe. J’avais fumé du hach mais j’avais l’impression d’halluciner… Je me suis approché d’elle et on s’est embrassés. J’ai baissé son pantalon et j’allais faire de même avec le mien quand…» Aïe ton histoire… Mais c’est fou… Les avis étaient partagés mais ils m’écoutaient religieusement, c’était quand même moi le «fucké» de la famille.

 

«La lumière s’alluma devant la maison de son père et je l’ai vu sortir et crier : Isabelle ? Et il regarda vers nous. Je me demande s’il nous voyait… Isabelle me disait de remonter son pantalon et de la ramener vers l’auto, qu’elle prenne sa chaise roulante et qu’elle rentrerait. C’est ce qu’on a fait.» Pis, le rapport avec la première fois que…

 

«Bah… Presque, finalement. Là son père, en la voyant, s’est mis à la traiter de p’tite traînée, lui demandant ce qu’on faisait là, dans le bois… Et elle me disait que je pouvais m’en aller, qu’elle s’arrangerait avec son père. J’ai sorti sa chaise et j’ai commencé à la pousser dans l’entrée de cour chez elle et son père nous invectivait tous les deux. J’étais un peu chaud, gelé… La bouche en trou-de-cul… n’allait pas m’écœurer longtemps, vous savez que je ne me laisse pas marcher sur les pieds ! Rendus devant lui, il s’est approché de moi et Isabelle a dit à son père que je n’avais rien à voir là-dedans. J’ai dit, oui j’ai quelque chose à faire là-dedans, nous étions deux et je vous demanderais d’arrêter de nous traiter comme ça ! Le grand monsieur a comme figé, devant un gars de 19 ans, cheveux longs, tripeux… Et il me dit : - OK, je peux juste te dire une chose jeune homme. Tu as de la classe toi ! D’habitude, les autres, ils se rhabillent et se poussent…»

 

Je suis allé me chercher une autre bière et j’en ai offert une aux autres…Quoi ? Ç’aurait pu arriver, bien sûr ! Hahaha… Peut-être qu’un jour, je vous raconterai la vraie histoire, sans vous niaiser ?!

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L’ADN, je l’ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

Partager cet article sur

8 Commentaires

  1. T’es drôle en TA. Penses-tu qu’on croyait ça???
    Peut-être que oui ou que non… Tu ne le sauras pas…
    Bravo encore mon ami.

    Laisser une réponse
    • Daniel-Nicolas Lapierre

      J’espère que tu croyais un p’tit bout, hahaha… Merci Pépé ! 🙂

      Laisser une réponse
    • bonsoir dan. belle histoire que tu nous conte la.. j adore te lire. et belle photo d un voyage en floride je crois en 1982. je me souviens que c était deux sœurs de new York sur la photo et corrige moi si je me trompe .mon dieu que ca fait lontemps ton ami de jeunesse mario ou polo

      Laisser une réponse
      • Daniel-Nicolas Lapierre

        Salut Mario ! Merci beaucoup. Tes souvenirs sont bons, c’était deux soeurs de New York en 82 exactement. J’ai de bons souvenirs de ce voyage avec toi. 🙂 Pour l’histoire, c’est une «histoire» justement, haha… Peut-être que je raconterai la vraie histoire un jour. Repasse quand tu veux mon ami. Au plaisir.

        Laisser une réponse
    • Daniel-Nicolas Lapierre

      Hahaha… 🙂 Merci d’être passé Alain !

      Laisser une réponse

Ecrire un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *