Le cirque judiciaire

Le Cirque judiciaire

Pour comprendre ce que je vous explique ici, il est bon d’avoir lu le texte du 4 avril : «Probabilités».

Comme j’ai indiqué à la fin de mon texte sur l’accident que j’ai eu, j’ai contesté une contravention que la ville de Longueuil m’avait envoyé. Près de 300$ d’amende et 9 points (oui, j’ai bien écrit 9) de démérite pour avoir quitté les lieux d’un accident sans avoir montré mes papiers au conducteur impliqué. Ce conducteur qui m’avait intimidé et traité de tous les noms à qui j’avais dit qu’il n’était pas question que je lui montre quoique ce soit, qu’il prenne mon numéro de plaques et qu’il s’arrange avec !

Avec ces circonstances atténuantes, des policiers m’avaient dit que ça prendrait un juge zélé pour ne pas comprendre que je ne m’étais pas enfui, mais bien que j’avais quitté pour éviter que ça brasse trop.

J’arrive donc en cour municipale de Longueuil le 31 mars pour 13 h 30. On nous fait entrer dans la salle et la procureur de la Cour prend les présences. Ensuite, le magnifique juge fait son entrée par une porte privée et on nous demande de nous lever pour l’accueillir, j’ai failli applaudir… Décorum (ensemble des règles de bienséance qui sont d'usage dans une société soucieuse de garder son rang). Ça nous fait tout de suite sentir qu’on es bien petit devant la justice. Je ne suis qu’un retraité de l’enseignement et il y a là un juge, une procureure, des avocats, des policiers et ainsi de suite, en descendant dans l’échelle sociale. C’est pas ce que j’avais appris à mes élèves moi, «nous sommes tous égaux» que je disais. Bon, on n’en fera pas une histoire, ça marche de même en Cour… Dans la VRAIE VIE.

Puis, une secrétaire (j’imagine, elle n’a pas de costume) s’adresse au juge pour lui donner l’ordre des gens qui passeront devant lui. 5 minutes d’écoulées que la procureure demande une suspension pour aller rencontrer des témoins. «Levez-vous», je ne me souviens pas avoir entendu un SVP… Et le juge quitte… Ensuite, nous sortons de la salle.

J’attends 10 minutes et une dame passe en nommant mon nom. Je la suis. On entre dans un petit bureau fermé et elle m’offre de m’asseoir. Et là, elle me demande ce que je compte faire en venant en Cour. Je lui explique donc que je veux qu’on comprenne que je n’ai pas commis de délit de fuite, que j’ai évité des problèmes, que je suis anxieux, que je n’ai pas dormi de la nuit… Que je compte bien qu’on comprenne que je n’ai pas à payer une contravention dans les circonstances (intimidation, agressivité contre moi…)

La dame m’explique qu’après avoir lu ma déposition faite aux policiers qui étaient venus chez moi et la preuve de la couronne, je n’ai aucune chance d’être acquitté, car la loi c’est la loi et peu importe que je sois la meilleure personne au monde, le fait est que j’aurais dû appeler la police si je ne voulais pas montrer mes papiers au jeune homme colérique. «Je n’ai pas de cellulaire madame». «Vous auriez pu appeler d’un dépanneur ou de n’importe où». «Je n’ai jamais pensé que j’avais fait quelque chose de grave, au contraire, ma conscience était tranquille, et dans l’anxiété, j’ai fait ce que je croyais que je devais faire, m’éloigner des problèmes».

Elle m’a dit que si je voulais prouver que l’anxiété m’avait fait «oublier» la loi (que je ne connais pas par cœur), que je devais demander de remettre ma cause et revenir avec un médecin comme témoin… Mais elle ajouta qu’en plusieurs années de travail dans ce milieu, elle n’avait pas vu de médecin venir plaider pour une si mince affaire. Dans des causes criminelles peut-être, mais bonne chance si vous en trouvez un… à peu près ce qu’elle m’a dit. Je lui ai donc dit qu’elle était en train de me convaincre de ne pas me présenter devant le juge. Elle a ajouté qu’avec mon anxiété, ce serait sûrement mieux, parce que de l’autre côté, on allait m’interroger et contre-interroger devant des gens et que ça allait être très stressant pour moi…


J’ai un instant cru qu’elle prenait soin de moi, quand elle m’a dit : «regardez ce que j’ai à vous offrir !». J’attendais qu’elle me sorte un mouchoir ou deux, je commençais à avoir les yeux détrempés par la fatigue. Non, elle sortit une feuille et un crayon, question d’y aligner des chiffres avec des signes de dollars…

Le temps de le dire, elle me fit 2-3 propositions, pas avant de me dire combien ça me coûterait SI je passais en cour et que je devrais payer quand même la contravention… Le montant d’élevait à beaucoup plus que 300$, avec les frais… Puis elle me proposa un arrangement à 214$ TOUT COMPRIS, avec les 9 points de démérite. Elle pouvait aussi faire descendre les points à 4 seulement… pour 1105$ ! «Alors, qu’est-ce que vous choisissez de faire Monsieur Lapierre. Retourner devant le juge ou changer votre verdict en celui de culpabilité et accepter mon offre à 214$, plus les 9 points ?»

Ma croyance en la Justice (je mets un J majuscule parce qu’elle est puissante) n’étant déjà pas très forte, elle venait de prendre une débarque pour de bon dans ma tête de citoyen ordinaire qui ne connaissait pas ces arrangements qu’on ne peut quand même pas refuser. Et j’ai été assez intelligent, manque de couilles pour défendre mes croyances, en acceptant de plaider coupable et de payer 214$ et perdre 9 points sur mon permis de conduire.

J’imagine maintenant comment ça se passe quand les partis sont plus égaux dans l’échelle sôciale. Exemple : un juge, des avocats, des ministres, des médecins, des gens d’affaire puissants… Ça peut s’étirer sur des années avant que… Bon, y a qu’à regarder ce qui se passe depuis des années de corruption etc… On a le temps de crever avant de savoir si Madame Normandeau et cie auront des sentences et si oui, combien elles seront… bonbons ? 

Moi, j’ai fait accélérer les choses, ils n’ont pas de temps à perdre en Cour. De douze que nous étions à la prise des présences, j’ai compté 5 personnes qui restaient sur les bancs quand je suis sorti après une vingtaine de minutes avec la dame qui ramasse l’argent pour la ville de Longueuil.

Un cirque je vous dis, avec des clowns et des dompteurs de p’tit peuple…

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Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

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