Le rouleau compresseur

Le rouleau compresseur

«Je vous suggère de lire "Pensouillard le hamster"». C’était mon médecin qui venait de me dire cela.

Dans ma tête je me suis dit : «Hey ! Tu me prends pour un enfant coudon ? De la lecture ludique pour 6 à 9 ans ?» Et dans mon visage, un grand sourire et puis, de ma bouche, un rire, celui du gars qui fait attention pour pas qu’elle pense qu’il rit d’elle. «Monsieur Lapierre, c’est un livre écrit par le Dr Serge Marquis, un spécialiste en santé mentale qui parle de l’ego.» Encore là, dans ma tête : «Ben là, j’ai pas un ego démesuré, m’semble ?»

Elle venait de donner un élan à la roulette de mon hamster qui en pédalait un coup. J’avais quasiment oublié que je lui avais posé la question : «Comment faire pour mettre la switch à OFF, je suis tanné d’avoir la tête qui pense tout le temps ?» Si on ne veut pas de réponse, ne posons pas de questions que j’me suis dit…

Et je l’ai acheté ce livre et je l’ai lu. Un petit livre de 187 pages, genre, me souviens plus. Mais ça se lit le temps d’un après-midi où on ne peut aller sur la plage de Cuba, tellement le soleil du premier jour nous a brûlé (j’suis rouquin sur les bords, pas roux comme les roux de qui on se moque là, attention…) Mais j’ai une peau fragile, pâle un peu, bon ! Ça peut se lire n’importe où, pas long que j’vous dis. ET je me suis tellement vu, revu. Me suis trouvé assez soupe-au-lait, facile à faire «décoller», même si je reprenais l’avion seulement 5 jours plus tard…

Je me suis rappelé un tas de moments où mon hamster est parti en fou, en tournant toujours dans le même sens… Dans le sens qui ne fait pas de sens. M’étourdissant au point de me faire dire des choses parfois déplacées. Au point de toujours, chaque fois, me faire trop penser. Ce livre était bien pour moi…Dans ma vie, je me suis chicané pour des histoires banales, à partir de petits riens du tout. Exemple ? Vous allez vous reconnaître… peut-être ?!

Tsé, quand tu te lèves le matin et que tu vas aux toilettes (vous pouvez y aller le soir aussi, si l’envie vous prend) et que, sur le rouleau de papier de toilette encore accroché au support, il reste une feuille. Ça a beau être du triple épaisseur, ça fait ch… en ta… Et là, tu te dis : «Est… elle fait exprès quoi ? C’est pas la première fois qu’elle fait ça… Pas capable de le changer ou de prendre la dernière feuille et s’essuyer le bord d’un œil, question d’éviter le gaspillage. Elle et son côté écologique un peu trop fort à mon goût.» Pis là, t’en as contre les écolos, contre les femmes (vous pouvez changer ça pour hommes, enfants, personnes âgées, let’s go…). Tu peux même prendre le petit rouleau sans défense et le décapiter, le pitcher dans la poubelle (pas le lancer, ça fait pas assez violent). Encore là, dans ta tête ça peut te dire que la maudite écolo va te reprocher de ne pas l’avoir mis dans le bac à recyclage… AYE, est-ce que je peux commencer mes journées en paix moi ?

Pis aussitôt que tu vois l’autre et qu’elle s’approche pour te donner un p’tit calin, pour te souhaiter une belle journée, avec le plus beau des sourires… Tu te mets à la bouder, tu te tasses pour qu’elle ne te touche pas. Au pire, si c’est le soir que l’événement s’est passé, tu te fais petit, recroquevillé dans les coutures du drap, juste sur le bord de tomber en bas du lit, pour être certain qu’elle ne te touchera pas. C’est quand même ELLE la responsable du mauvais début/fin de journée que tu connais. Et elle ose te demander : «qu’est-ce qui se passe, tu as l’air de me bouder ?» Ah ben ! Elle est imbécile en plus l’écolo ? Elle va peut-être même ajouter : «Mon Amour, c’est la journée du recyclage, pourrais-tu SVP sortir le bac bleu ?» PAF ! (non, non, je ne l’ai pas frappée) C’est Pensouillard qui vient de passer deux tours dans le beurre et qui me frappe en plein front.

Dans le livre, le Dr Marquis dit qu’un rouleau de papier de toilette n’a jamais fait de mal à qui que ce soit. Qu’il n’en a pas LE pouvoir. Ce n’est pas un instrument de torture qu’il écrit. C’est sûr, ça n’a pas de cerveau, ça ne pense pas un rouleau de papier de toilette, vide ou enrobé de 6 pouces de diamètre de petit papier hygiénique blanc qui peut encore moins vous faire mal. QUE du bien, dans le fond : tant qu’il y en a… SUR LE ROULEAU DE CARTON !

Bon, vous ne vous reconnaissez pas ? Ou, vous n’êtes pas aussi fous que moi ?

Autre essai d’abord.

Tsé, quand tu conduis sur une route, mettons, et qu’une auto te colle au cul, ça fait pomper la patate, non ? En tout cas, moi ça me faisait de l’effet. Quand une auto te colle au cul, c’est qu’elle est rendue dans ton auto, sinon j’aurais écrit qu’une auto colle le pare-choc arrière de ton auto… Le bon sens me semble ? Mais quand ça arrivait (me suis quand même soigné un moment donné) ti-cul le Pensouillard y allait de son sprint le plus fou. Comme s’il voulait m’aider à aller plus vite, pour que je me tasse dedans les jambes de l’autre. Il ne réussissait pas pentoute, au contraire… Il m’arrivait plutôt de ralentir et SURTOUT de regarder dans mon rétroviseur, pour voir l’auto d’en arrière me coller encore plus, question de l’emmener jusque sur mon siège pour que je puisse apprendre à vivre à son conducteur. Et si ce conducteur avait le malheur de me faire des signes désobligeants ou me flasher ses hautes pour me dire de me tasser, je ralentissais encore plus. Et ce faisant, mon cœur battait de plus en plus fort. Parfois, j’avais même comme un mal qui me passait tout le tour du corps, à la hauteur de l’estomac, comme si j’allais «barrer». Cé qui qui se faisait du mal ? Bibi… Sans les cheveux verts. Il est arrivé (moins que 5-6 fois me semble) que nous nous arrêtions sur le bord de la route pour nous parler avec le volume dans les 90 décibels. Ça, c’est plus fort que la sonnerie d’un bon réveil-matin. Et…

Bon, ça vous parle un peu ça ? Mon psy m’a dit, un jour que j’étais à travailler mes troubles de personnalité limite avec lui, à propos de ces genres de «crises» : «Monsieur Lapierre, pour qui vous prenez-vous de penser que le chauffeur derrière vous cherche, VOUS, Monsieur Lapierre. Vous êtes important en cibole !» Le psy, je lui aurais bien parlé dans les 90 décibels, parce qu’il avait l’air de se foutre de ma gueule, de me traiter de gars qui se prend pour un autre, Pensouillard venait de partir faire ses courses… Quand il ajouta : «Cette personne conduit probablement de cette façon, peu importe qui est devant, il ne VOUS connaît pas. Il n’est pas parti le matin, en se disant qu’il allait faire suer Meeeeeessieur Lapierre…» Maudit psy qui a du bon sens, assez pour qu’il déclenche un peu de travail sur moi-même. Il savait que j’étais un peu comme j’étais, il traite les troubles de la personnalité limite et autres problèmes de comportement depuis des années, quand même. Et il avait décidé qu’avec moi, il n’allait pas mettre de gants blancs. Pensouillard, en bon peureux, avait même commencé à essayer de sortir de sa roulette, chaque fois que j’allais rencontré ce merveilleux psy qui allait me passer dans le tordeur de la réalité.

Combien de fois ai-je perdu le contrôle de mes émotions, à partir d’un banal événement ? Combien de gens ont été responsables de ces moments où la réalité était toute autre que ce que je croyais être ? Où j’ai pensé que j’étais victime de complots (on y va fort ce matin), haha… Réponse 1 ; plusieurs. Réponse 2 : personne d’autre que MOI. La bouteille de shampooing est vide ; la poubelle est pleine ; y a des cheveux dans le bain et ce ne sont pas les miens… JE vis avec des gens. Ces personnes m’aiment (elles me le disent). Pourquoi voudraient-elles gâcher mes journées alors ? En laissant un rouleau de papier de toilette vide ? Je n’ai pas toujours toute ma tête, une grande partie appartient parfois à Pensouillard, qui n’est pas pour les enfants, en passant. Eux, les enfants, n’ont pas d’ego à «défendre». Ils sont spontanés, parfois sans filtre, mais ils ne se mettent pas à réfléchir à des possibilités qu’il soient victimes de la méchanceté des autres… 

J’ai donc deux options : attendre d’être assez âgé pour retomber en enfance OU calmer Pensouillard le plus souvent possible ; l’habituer au calme, le mettre à pause. J’écris comme si je commençais à «travailler» sur moi, ça fait des années quand même et j’ai déjà choisi. La deuxième option. Pourquoi j’ai écrit «J’AI» deux options ? (Ohhhhhhhhhh, Pensouillard gratte sa roulette…)

Et si on arrêtait de se faire du souci, juste prendre les choses comme elles viennent. Regarder le beau, le bien, le drôle, le touchant, le… Tout ce qui pourrait mettre Pensouillard à la semi-retraite, minimum ? Ça NOUS appartient à chacun de nous. ÇA m’appartient et j’y veille. Bonne journée !

 

 

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L’ADN, je l’ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

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2 Commentaires

  1. Excellente réflexion Daniel! On a tous un peu parfois ce genre de perceptions…il suffit de laisser place au positif au lieu du négatif !

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    • Daniel-Nicolas Lapierre

      Merci de passer me lire Nancy ! Tu as raison, une certaine sagesse s’installe en toi, ma tannante. :-p Salut, repasse quand tu veux. xx

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