Les émotions : séparationnel !

Les émotions : séparationnel !

Jeu de mots avec une faute, ça augure mal. Une séparation, ça ne commence jamais bien. Je l’ai vécu à quelques reprises, ça fait quand même toujours mal sur le coup ; pendant plusieurs jours, semaines… Surtout quand les émotions s’emmêlent. Mais comme le dit un certain dicton : «tout s’arrange, avec le temps !»  C’est pourtant la dernière chose qu’on a envie de se faire dire quand on en vit une.

Quand on se sépare de sa conjointe et qu’il y a un enfant, c’est assez désemparant, ça fout la trouille quand on se lance dans le futur, le jour-même où l’autre nous annonce qu’elle ne souhaite plus vivre avec nous. Je connais et je vous en parlerai ici.

Été 1995. Je reviens d’une tournée en Abitibi. Il est 22 heures environ. Il n’y a pas d’auto dans la cour, les lumières sont éteintes. Habituellement, on m’attend quand ça fait une semaine que je suis parti faire des shows. Je dépose mes valises et mes instruments, je monte voir au deuxième, il y a comme une odeur de désert dans la maison. Au sous-sol, pas de signe de vie non plus. Je suis inquiet, mais je ne me doute pas de ce que je vais trouver au premier…

Je m’assois à la table dans la cuisine. Surprise ! Non, y a personne de caché avec des chapeaux et des flûtes, je suis né en novembre anyway… Il y a une enveloppe sur ce qui trône au milieu de la pièce familiale la plus utilisée. Là où on se réunit souvent pour échanger, rire, manger… Mais cette fois-ci, mon cœur bat vite, je ne sais pourquoi. J’ai un mauvais pressentiment, très mauvais. Je lis : «Daniel, quand tu seras parti, Claude et moi nous reviendrons à la maison. Ce n’est plus agréable de vivre avec toi… et autres choses». Je ne me souviens pas exactement de «et autres choses», mais la première phrase est telle quelle, je me souviens trop bien le mal que j’ai eu en la lisant. Là, je m’arrête (là, pendant que je vous écris). Mauvais souvenir qui remonte, mais c’est correct. OK, continuons…

Pendant 3 jours, j’ai appelé tous ceux et celles qui connaissaient la mère de ma fille pour savoir si ils savaient où elle était. J’avais de la peine et je ne comprenais pas ce que j’avais fait de trop pour que le vase déborde à ce point… Personne ne savait où elles étaient et mon cœur engraissait sa peine d’un jour à l’autre. Puis, un beau jour, j’ai appelé mes grands amis pour leur parler de ce que je vivais. Ils m’ont invité à aller les voir à Boucherville. (J’habitais St-Hilaire à l’époque.)

En moins de 20 minutes j’étais chez eux. Nous nous sommes assis dans la cuisine et nous avons jasé jusqu’à ce que j’aille dans le corridor pour pleurer, pour être seul. Andrée est venue me rejoindre et m’a serré dans ses bras, pendant que Dany, les bras croisés, devant moi, pleurait avec moi. C’était la première fois de ma vie qu’une femme, autre que mes blondes, me donnait de l’affection dans une accolade que je croyais réservée aux amoureux. J’ai pleuré, comme un bébé dans les bras de sa mère. Je peux tout de suite vous dire que ce couple est devenu LE couple du siècle. Et personne ne les as jamais remplacés à ce titre depuis 20 ans… Et Andrée ? Ma meilleure amie, une sœur spirituelle.

Ils m’ont offert de m’installer au sous-sol, dans une belle grande chambre et de prendre le temps qu’il me fallait pour me remettre. Et ils m’ont écouté et j’ai accepté leur offre, question de 3-4 semaines. Bien, j’ai habité un an et demi chez eux et quand j’ai quitté, nous pleurions tous les 4, parce qu’il y avait aussi la petite Joëlle, leur fille. Et nous avions tellement de plaisir tous ensemble.

Au début, je me voyais devenir un père qui allait voir sa fille aux deux semaines, comme tous ces hommes qui n’ont pas la garde de leur enfant. J’imaginais passer devant mon ancien chez-moi et voir un autre homme sortir de la maison avec ma fille collée sur lui, dans ses bras. Le cœur m’ouvrait en deux chaque fois. Il était en miettes après quelques «hallucinations» du genre, parce que…en quatre, en huit, en seize… C’est incroyable tous les scénarios qui me passaient par la tête ; toujours des scènes qui me brisaient le cœur. Maso ? Ouais, je dirais, maintenant ! Mais je peux dire que jamais, au grand jamais, il m’est venu la colère qui aurait pu me pousser à la violence et j’en remercie la vie. Y a des hommes qui commettent l’irréparable, j’ai de la misère avec ça.

La mère de ma fille a su me rassurer assez vite, me disant que JAMAIS elle ne m’empêcherait de voir NOTRE fille. Qu’elle avait UN père, elle n’en n’aurait jamais deux. Et petit à petit, j’ai appris à aller chercher ma fille, l’emmener chez mes amis, notre nouvelle demeure. À travers les yeux de ma fille, à travers sa facilité à s’adapter à la situation, j’ai fait mon deuil assez vite. Et quand j’allais chercher ou reconduire mon enfant, sa mère, elle et moi, on se donnait «un bec à trois». C’était réconfortant de savoir que tout s’arrangeait avec… le temps !

Nous nous sommes parlés comme des adultes, elle et moi, et nous avons rédigé les papiers pour la garde, la pension alimentaire etc… Dans un esprit de bonne entente, dans le respect, dans la facilité. À partir de ce jour j’ai compris ceci : ce n’est pas parce qu’on n’a plus les mêmes projets que notre enfant devrait subir une séparation où les parents s’entre-déchirent. Je change parfois un mot ou deux, mais c’est comme ça que je vois la séparation quand il y a un ou des enfants en cause. Pourquoi souffrirait-elle de voir ses parents se détester ? De toute façon, de ce côté j’ai aussi une façon de voir les choses : pour moi il est impossible de détester quelqu’un qu’on a aimé ! Sinon, nous ne l’avons jamais aimée cette personne.

Ma fille habitait donc avec sa mère, c’était plus facile qu’elle demeure là où elle vivait déjà ; la gardienne, les habitudes, tout était plus près de la maison. Pour moi qui enseignais, c’eût été plus difficile de toute façon de me promener entre Boucherville, Longueuil et St-Hilaire, matin et soir. Et même s’il y avait des choses signées devant la cour, JAMAIS nous n’avons eu de problèmes à nous arranger pour que ma fille soit toujours avec un ou l’autre. TOUT a toujours été plus facile que TOUT ce que j’avais pu m’imaginer lors des premières semaines. Si j’avais su… C’est comme l’alcoolique qui se demande ce qu’il fera au prochain Noël, au prochain party de bureau, à la St-Jean… sans boisson. Qui se rend compte, après des années, que toutes ces occasions se vivent souvent mieux qu’auparavant finalement ! 

Ça a l’air facile expliqué comme ça, maintenant que je suis grand-père, maintenant qu’il y a 20 ans de passées. Après que j’ai connu d’autres femmes, d’autres séparations… Maintenant que j’ai une amoureuse dans ma vie depuis 10 ans, qui s’entend merveilleusement bien avec ma fille. Elle s’adorent toutes les deux. Si on me demandait comment je m’en suis sorti, ma réponse serait une des plus plates à entendre. Et oui, TOUT s’arrange avec…le temps !

J’ai connu une souffrance terrible, certain, mais avec du recul, je me rends compte que cette souffrance venait du fait que j’appréhendais toujours le pire. Que le temps ne passait jamais assez vite quand j’étais dans ma tête à m’imaginer une quinzaine avant de revoir l’être que j’aimais le plus au monde, et qui est toujours au top universel de ma liste d’Amour inconditionnel. Il s’est ajouté un petit bonhomme depuis, comme deuxième Amour inconditionnel. La vie est belle et la séparation est loin derrière. 

Merci Andrée, Dany et Joëlle (j’en aurais long à vous raconter sur les beaux moments passés avec ce trio numéro 1). Merci à la mère de ma fille, qui a tout simplifié en me rassurant. Cette femme que j’aime plus que jamais, différemment bien sûr. Elle est quand même la mère de ma fille et elle est une bonne personne. Merci ma belle Claude de m’avoir le plus appris, car c’est avec toi que j’ai compris comment se vivait une séparation : en partageant des activités ensemble tous les deux, en t’écoutant me parler, en te regardant dessiner, rire, pleurer, chanter, VIVRE, sans te soucier du lendemain. En te sentant bien dans tout cela.

Merci à la vie d’être aussi simple quand on ne la rend pas compliquée soi-même. Haha… Je ris tout seul et quand j’ai commencé à écrire, j’étais encore sur le bord des larmes… Le TEMPS !  Prenons-le, utilisons-le, y en a du temps. Mais celui qui est passé ne reviendra jamais, autant celui passé dans les peines que celui vécu dans la joie.

Les émotions, c’est pas rationnel, qu’on se le dise. Difficile de voir le positif ou de régler des choses dans la tempête. De là, partent tous les problèmes. Quand les émotions sont mal gérées, elles seront mal digérées… Burp !

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Photos de Hélène Hébert, LN2H

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L’ADN, je l’ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

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4 Commentaires

  1. Comme il est magnifique ce texte qui raconte de grands moments de ta vie…Je suis émue. Je reconnais ta façon d’ analyser avec ton cœur. Ton respect, ta reconnaissance, ta sensibilité…tes belles valeurs! Tout cela se lit à travers ce récit personnel.

    Il y a tellement de phrases qui me  » réveillent » juste avec TA façon de l’ exprimer. Je ne connais que toi pour choisir aussi bien les mots.

    Tu as un beau talent…y a pas de doute!!
    Bravo pour un autre merveilleux texte.
    Je t’ aime xx

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    • Daniel-Nicolas Lapierre

      Tiens, toi ! Content de te lire. Je suis aussi content que tu me vois comme ça ! Ça me dit que je n’aurai probablement pas d’enveloppe sur la table de la cuisine demain matin. :-p Tu as certainement une part du fait que je sois respectueux, sensible… Difficile de manquer de respect envers une personne sensible et pas facile non plus d’être insensible à la personne touchante que tu es. Vlan, dans les dents, héhé… xx Je t’aime aussi.

      Courrier du coeur. 😉

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  2. Merci pour ce partage. Avec cette lecture je me réveille. Je réalise que ce n’est tout simplement plus un ti-cousin, celui avec qui j’ai fait tout plein de choses il y a plusieurs décennies qui est devant moi. Je rencontre un homme grandi, avec un vécu emmagasiné à travers tous les chemins parcourus et remplis d’expériences.
    Je suis content de faire ta connaissance Daniel-Nicols Laprierre un homme de coeur.
    Je ne sais pas si tu seras d’accord avec ma croyance qui est: Ce n’est pas l’événement qui est la cause de nos malheurs ou problèmes mais bien ce que l’on se dit face à celui-ci..
    Je t’aime beaucoup Dan-Alice

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    • Daniel-Nicolas Lapierre

      Ah mon beau cousin-ami ! Tes mots sont toujours bien agréables à lire. Je suis d’accord avec toi. Un événement peut créer toutes sortes de choses : du bien, du mal, de la culpabilité qui eux seront des problèmes. Si quelqu’un me coupe en auto et que je me dis qu’ils me cherche, il risque d’y avoir des problèmes. Mais si je me dis qu’il conduit comme ça, que ce n’est pas parce que c’est moi qu’il coupe qu’il est «épais», haha… y en aura pas de problème et l’événement n’aura rien causé. (J’ai déjà parlé de la rage au volant me semble… 😉

      Merci beaucoup pour tes commentaires toujours pertinents et bien reçus, je t’aime aussi et j’ai bien hâte qu’on se revoit. 🙂 Salut Ron !

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