Les probabilités

Les probabilités

Le 10 janvier 2015, je préparais le «stage» pour la fête de la femme d’un ami. Deux heures avant de commencer la partie musicale, je me suis rendu compte qu’il manquait la lumière de mon lutrin : indispensable pour lire les paroles que je ne connais pas par cœur. Alors, je suis sorti pour aller le chercher chez moi, j’étais à vingt minutes de la salle où nous allions faire le party…

C’était une de ces soirées où il avait plu, où il commençait à neiger et où une petite glace noire s’immisçait entre l’asphalte et les pneus de ma voiture. Où étais-je ? Dans un quartier de Longueuil.

Ma voiture a légèrement dérapé aux feux de circulation qui tournaient au rouge. Je me suis mis à reculer pour ne pas entraver la voie aux conducteurs qui s’en venaient perpendiculairement, ceux qui avaient le vert qui leur permettait de passer. En l’espace de quelques secondes, ma voiture s’arrêta brusquement… dans le devant de celle de derrière, bang ! Je n’avais pas regardé dans mes rétroviseurs, occupé à regarder si l’espace devant moi était suffisant pour laisser passer les automobiles…

Le temps que je sorte de ma voiture, qu’il y avait déjà un grand jeune homme costaud qui s’en venait vers moi les bras dans les airs en criant : «Hey ! Le cave ! Tu voulais reculer jusqu’où de même, estie d’imbécile ?». Je lui dis que je m’excusais, que c’était de ma faute, que je m’occuperais de payer les dégâts, que… «Estie de sans-dessein, tu sais pas conduire…» qu’il disait en continuant d’avancer dans ma direction. Des mots que j’ai beaucoup de misère à entendre, quand ils sont adressés à mon endroit (sans-dessein, ça passe, mais pas avec l’estie devant, même chose pour le mot imbécile…) Je lui demandai donc de faire attention à sa façon de s’adresser à quelqu’un qu’il ne connaissait pas…

Il n’en fallut pas plus pour qu’il se sente provoqué et il s’accota le front bien solidement contre le mien en me disant : «Ah ouais ? C’est qui le p’tit monsieur à qui je parle ? Comment tu veux que je te traite ? À qui j’ai affaire ? T’es qui toé ?...» Il postillonnait quelque peu et il me poussait comme ça, facilement je reculais. La glace noire !

Je sentais mon cœur battre assez fort et mon envie de l’agripper par le collet était forte. Mais dans ma tête, je me disais que ça ne mènerait nulle part autre que sur un champ de bataille et à bien regarder, mes chances étaient minces pour la victoire. Il devait faire 2 pouces et 25 lbs de plus que moi, sans compter 30 ans de moins… Après que les voitures se soient mises à klaxonner, comme pour ajouter du bruit aux insultes de mon nouvel ami, il s’est arrêté et m’a dit de façon très cavalière : «Là mon tabarnak, tu vas venir sur le bord de la rue et me montrer tes papiers…». Ben oui, je suis le genre de toutou qui répond au doigt et à l’œil moi, (dans ma tête)… Et je lui ai dit qu’il n’était pas question que je lui montre quoi que ce soit, qu’il prenne mon numéro de plaque et qu’il s’arrange avec ses problèmes.

J’embarquai dans ma voiture pour quitter les lieux et il s’est mis devant celle-ci. Sa blonde criait : «laisse-le faire, j’ai le numéro de plaque et mon père va s’en occuper…» Dans ma tête (encore elle) je voyais un jeune bum dangereux, avec comme copine, la fille d’un Hells ou autre personnage qui allait s’occuper de me retrouver et de me faire payer autrement que par des moyens financiers. Ouille, à qui avais-je affaire moi qui ne leur avais pas demandé ? Et je quittai les lieux pour aller chez moi.

En roulant tranquillement (pas le choix, la température) mon cœur battait de moins en moins fort et ma tête me disait que j’avais très bien réagi. «Pour une fois que tu n’embarques pas dans ce genre d’argumentation, bravo Daniel», me disait-elle ! Et un sentiment de bien-être m’envahissait… Je ne me suis pas chicané, wow !

Arrivé chez moi, le temps d’entrer pour commencer à expliquer à ma blonde ce qui venait de se produire, je fus interrompu par les phares d’une voiture qui entrait dans mon entrée (belle place pour entrer) de cour derrière la maison. La police ! Oui… Le jeune avait fait une plainte et avait donné mon numéro de plaques, les policiers se sont rendus à la bonne adresse, le temps de le dire. Et là, je ne vous ferai pas toute la nomenclature des événements… Est-ce vous qui… Papiers SVP… Expliquez-nous ce qui est… Pourquoi n’avez-vous pas appelé… Vous avez quitté les lieux d’un accident sans avoir montré vos papiers à l’autre conducteur ! C’est considéré comme un délit de fuite. Euh… Sentiment d’avoir oublié quelque chose d’important, moi. Avec ma fierté à propos de mon non-engagement dans une bataille sur le bord d’éclater… Ils sont repartis, en me disant que j’allais avoir une contravention, après avoir écouté ma «défense», que je n’allais pas montrer mes papiers à quelqu’un qui m’intimidait etc…

Je suis rentré, j’ai expliqué à ma blonde toute l’histoire, j’ai pris la lumière de mon lutrin et je m’en retournai au lieu où nous allions nous amuser. Le caquet bas un peu, mais encore fier de ne pas m’être laissé aller à un enchevêtrement de poings et de visages qui se seraient martelés…

Il était sûrement une heure de plus qu’au moment où l’accident s’était produit, quand je revins au Pub Chez Vincent, un endroit où l’on sert des repas et de la broue. Où, aussi, il y a une salle de réception, celle qui avait été louée pour l’événement. Puis, au-dessus, un pub de bières importées. Une entrée pour les trois divisions de l’établissement… PUIS…

Je secouai mes bottes enneigées dans l’entrée et j’entendis une voix féminine qui dit : «Ah ! C’est un client de la place !». En relevant les yeux, je vis, dans le bas des escaliers qui menaient au deuxième, le petit couple qui possédait l’automobile dans laquelle j’avais reculé ! Combien de chances y avait-il pour que je les revois là, eux ? Estomaqué, je leur répondis que je n’étais pas un client de la place, mais un musicien qui allait jouer dans l’autre salle, plus bas… Le jeune homme me dit de ne pas lui parler, qu’il avait fait une plainte contre moi… Je lui répondis, en lui demandant de me laisser lui parler poliment, que je savais, que les policiers étaient venus chez moi et j’ajouta que je m’excusais sincèrement, que j’allais assumer les dégâts etc… Et je me suis mis à avoir les yeux plein d’eau.

Le grand jeune homme me tapa sur l’épaule en me disant : «prends pas ça d’même el’gros». Je venais de comprendre, en me faisant traiter de gros, que je n’étais plus un ennemi ! Et sa blonde me dit : «On ne vous poursuivra pas, mon père va s’occuper de tout cela, il est courtier en assurances…» Puis, on se souhaita mutuellement une belle soirée, bonne route etc…

Hahaha… La fille du Hells était une fille de courtier d’assurances et le jeune homme était plutôt sympathique quand je lui ai dit qu’on avait été un peu «primes» sur les bords. Il m’a même dit qu’il avait des problèmes à se comporter comme il le faut quand il y avait des événements qui le stressaient (join the club jeune homme)…

Je suis descendu raconter le tout aux deux chanteuses que j’accompagnais ce soir-là et… à 3-4 policiers retraités qui étaient de la fête. Et oui, j’ai des amis policiers. Tout ce monde qui me connaît depuis pas mal de temps, surtout les deux chanteuses qui sont des grandes amies, tous étaient fiers de ma réaction, à part le fait que j’aurais dû appeler la police. Mais ils me rassurèrent en me disant qu’un juge comprendrait si je contestait le ticket. Et la soirée se passa merveilleusement bien ; du gros plaisir, des gens qui dansent sans arrêt, qui nous remercient à tours de bras, qui nous aident à remettre l’équipement dans les véhicules… Calins de fin de soirée, à la prochaine, bye bye !

Il avait neigé beaucoup ce soir-là. En activant mes essuie-glace, je me rendis compte qu’il y en a un (du côté conducteur) qui avait été arraché, et que le bras qui tenait le wiper avait été tordu, sûrement par quelqu’un d’assez fort… J’ai mes doutes sur qui, mais ça n’était plus important. Il devait avoir une crotte sur le cœur…


L’important, c’était que ce soir-là, j’avais compris des choses : il ne faut pas se laisser aller aux grosses émotions quand un événement imprévu se passe. Que de gars qui ne se laissait pas marcher sur les pieds, j’étais devenu, le temps de quelques minutes, un peu plus mou… J’avais aussi compris qu’entre le moment de l’accident et celui où je revis les deux jeunes moineaux, j’avais contenu mes émotions qui ont éclaté (les yeux plein d’eau et le «prends pas ça d’même el’gros…») dans l’entrée chez Vincent.

Les grandes émotions m’avaient fait voir le pire : bandit, fille de Hells… Finalement, quelles étaient les chances que je revois ces deux jeunes au même endroit où j’allais passer la soirée ? Longueuil compte bien quelques centaines de milliers d’habitants et des centaines de pubs ou d’endroits où sortir… J’avais sûrement quelque chose à comprendre. Y a-t-il des hasards dans la vie ? Pas sûr moi…

Ne manquerait plus que je vous raconte ce qui s’est passé en cour municipale, car j’ai contesté le billet d’infraction, qui, tenez-vous bien, m’enlevait 9 points de démérite et près de 300$ d’amende. Pour que je vous le raconte, faudra que ça vous intéresse… Haha… La vie n’est pas si compliquée finalement !  

probabilites

 

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L'ADN, je l'ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

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