Mauvaise humeur ? Mauvais humour.

Mauvaise humeur ? Mauvais humour.

Ma douche a 15 ans. Comme certains adolescents de cet âge, elle a commencé à me faire la baboune. Depuis quelques mois, quand je lui demandais un jet X, elle m’envoyait un jet Y. Parfois même, elle pleurnichait, laissant dégoûter des larmes qui avaient peine à me nettoyer le petit orteil du pied droit. Parce que le gauche, je le tenais un peu en arrière pour me préparer à me sauver si elle décidait de projeter LE jet qui m’aurait envoyé valser dans le mur du fond.

On ne peut pas échanger un adolescent qui se rebelle pour un autre qui ferait exactement ce qu’on lui demande (j’suis assez sévère moi 😉 ) Mais un pommeau de douche avec un beau tuyau, flambant neufs tous les deux, ça se trouve à la quincaillerie. Alors, go, on va en chercher un qui nettoiera même la salle de bain au complet, tant qu’à faire.

Voilà, j’avais un beau kit bien emballé qui m’attendait ce soir. Emballé ? Tsé le gros plastique 21 épaisseurs qui ne s’ouvre pas facilement. Je me suis mis à l’examiner de tous bords, tous côtés, plantant mes ongles où je pensais voir une petite brèche qui pourrait m’aider à écarteler l’emballage…  10 minutes … Je suis allé chercher mon couteau le plus aiguisé pour lui ouvrir les entrailles et finalement en ressortir ce qui allait s’installer en 5 minutes, ouais. Avec des instructions qu’un enfant de 5 ans comprendrait. 1-2-3… Fini !

Je prends mes outils pour aller installer Ze kit ! S’agissait d’enlever la tête folle et de débrancher l’autre bout qui la gardait en vie. La tête est allée retrouver le plancher assez vite. Le bout « vissé » dans la tuyauterie qui fait monter l’eau qui remplit le bain dans le tuyau qui fera cracher le liquide par le pommeau… Hum…Incapable de débrancher l’appareil respiratoire. « 15 ans de vie, me semble que c’est assez ? Abandonne-toi, je t’enverrai au recyclage et tu trouveras peut-être une bonne famille d’accueil ? », que je lui ai dit. « Allez, laisse-toi faire ».

En bon gars qui a été étiqueté comme un pousseux de crayon et de craie, disons que mon coffre à outils mesure 8 pouces par 6, environ. Dans un p’tit emballage de cuirette qui contient des clés Allen, un manche où on peut installer une douzaine de bouts de 1/32 à 7/8 genre. Un petit petit carré qui s’ouvre et laisse voir, si on regarde bien, une petite lame qui couperait difficilement une feuille de cartable. ET, une paire de pinces qui ouvre pas trop large mettons. Équipé pour construire un 12 logements.

Une demi-heure plus tard, les mains en feu, rougies par l’effort, avec les doigts qui ne pouvaient presque plus plier, je me suis relevé. Ma douche, je l’avais prise, avec toute la sueur qui dégoûtait sur mon corps de gars qui travaillait fort. « Ma ta… Je vais te faire voir avec qui tu t’amuses ». Je suis descendu au premier étage pour aller appeler mon voisin et lui demander des outils. Je ne sais pas quelle sorte d’énergie je dégageais, mais à voir mon caniche-toy-bichon maltais de 7 livres qui se cachait sous une chaise, qui changeait de place en me voyant, la queue entre les jambes (le chien), je me suis rappelé ce que je dis souvent : TOUT est énergie. Et j’ai compris que j’étais « comme » sur le bord de me taper une crise de cœur, ou de nerfs, j’sais pu. Hey ! J’ai donné une tape sur les fesses de mon chien de laine (je suis un peu allergique aux poils, de là le caniche machin…) une fois en 5 ans et il avait l’air d’un chien battu. Ouais, on va se calmer. Le toutou et son non-verbal en disaient long sur mon état. Il n’osait pas parler, peureux !

Mon voisin ne répondant pas, j’ai décidé de descendre au sous-sol en quête d’une clé à molette. Ou d’un set de clés ou autres vise-grip (j’ai du langage quand même hein ? Merci Google). La maison que j’habite a plus de 160 ans. Je me souvenais que dans la grande partie où je passe à peine sans me pencher, il y avait là un laboratoire pour bricoleur, genre. (Un établis, Google encore). Alors, je suis allé voir dans ce coin poussiéreux avec des nids d’araignées plein le plafond. J’ai trouvé des outils qui devaient avoir 2 fois l’âge de la maison : des ancêtres de la clé à molette. Environ 3 pieds de long et qui pèsent je dirais, 100 livres, minimum et je n’exagère pas d’une seule once. Jamais je n’exagère.

Je remonte pour essayer de finir la job. Je ne sais pas combien mes bras mesurent, mais le 3 pieds de manche avec la roulette à tourner au bout, tout seul ? Je redescends fouiller le coin entouré de mur de pierres qui dépassent par en-dedans, j’ai failli m’y cogner la tête. Pas par accident, plutôt guidé par l’impatience. Remonte… Ca marche pas plus avec la clé de 2 pieds, 50 livres. Bon, OK j’avoue que j’en mets un peu pour les clés de 320 ans… MAIS… J’ai entendu mon voisin marcher au-dessus (la maison est divisée en 2). Ah ben, mon Sauveur ne dort pas !

Je l’appelle, il sort me prêter un westcott et une paire de vise-grip, je remonte et je finis le travail dans le temps prévu plus haut : 5 MINUTES ! Merci de tout mon coeur Paul. Je ferai brûler un lampion pour toi quand je trouverai une église.

Je sais, je sais. Tout ça, pour vous expliquer que je prendrai une douche avec un choix de 5 ou 6 jets différents, demain matin ? Accouche qu’on baptise l’gros.

Comme j’apprends souvent quelque chose en visionnant un événement qui me vire à l’envers… Quand on est mal outillé (restons dans la construction) faut s’attendre à trouver des moyens pour réparer, arranger, changer, name it ; quelque chose qui fait défaut. C’est la même chose dans la vie. Oui oui…

Un enfant mal outillé risque, à 15 ans, de nous donner du fil à retordre. Il se peut qu’on ait envie de le mettre dehors à la limite. Et toute sa vie, il y a de fortes chances qu’il cherche alors des moyens pour se « réparer », « s’arranger comme il le peut », « changer », name it ! Et puis je souris en pensant à ma fille et Monsieur Vous, parce que je crois bien qu’elle est en train de lui fournir de bons outils. Eux ils dégagent une si belle énergie qui fait que je m’ennuie d’eux, souvent ! Même Caniche se promène avec la queue qui bat comme un métronome à 100 battements par minute, quand ils sont ici…

À quand les écoles Rona ?

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Photos de Stefania Rossi, photographiste.

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L’ADN, je l’ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

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