Mémoire, mémoire, dis-moi…

Mémoire, mémoire, dis-moi…

Quand j’étais petit, je me souviens que… j’avais 8 ans quand j’ai commencé à jouer au golf. Euh, en réalité, je m’en souviens parce que c’est ce qu’on m’a dit et redit et que je l’ai dit et redit. Parce que, même en mettant mon cerveau complet au service de ma mémoire, je suis incapable de me voir en train de frapper une balle de golf à cet âge. Aucun de mes cinq sens n’est capable de faire monter des images au centre névralgique qui se situe dans ma boîte crânienne.

J’ai une mémoire assez pas mal pas pire pourtant. Quand on jase entre amis, je sors des choses du passé, avec des détails qui surprennent les autres. MAIS, incapable de remonter à mon enfance, clairement. Ma fille, elle, me donne parfois des détails de lorsqu’elle avait 2-3 ans. Elle se souvient très bien de tel ou tel événement et je sais que ce n’est pas moi qui lui ai répété ce qu’elle me décrit, c’est trop précis. Bon, vous allez me dire qu’elle a 23 ans, qu’elle n’a qu’à remonter de 20-21 ans en arrière elle ? Puis ainsi faisant, vous voudrez me rappeler que je vieillis ; que ma mémoire n’est plus ce qu’elle était ; que j’ai 57 ans (le mois prochain) à revisiter, moi… C’est pas gentil ça, me faire sentir moins performant, parce que le temps ajoute des journées à ma vie. Oh, que non ! Contentez-vous de lire SVP, d’accord ? 🙂 

Bon. Ce n’est pas la première fois que je cherche à me rappeler de moments où j’étais petit petit. Je me souviens que déjà, à 25-30 ans, je n’arrivais pas à voyager dans le temps de ma petite enfance. Il me vient toutes sortes de questions là, en ce moment. Alors je me les poserai devant vous, un bel exercice ça. Bande de chanceux, chanceuses. Peut-être même que certains et certaines d’entre vous pourriez m’aider, en réfléchissant vous aussi, avec moi. Mes amis, vous qui avez à peu près le même âge que moi ou plus, ou moins… Sans qu’on fasse un concours de qui a les meilleurs souvenirs de SON ENFANCE (je suis compétitif et je pense bien perdre à ce jeu). J’aimerais bien savoir jusqu’où vous pouvez retourner : sentir, ressentir et non pas vous rappeler ce qu’on vous a dit. Si vous me dites, genre : «j’étais propre à 11 mois moi.» Oui, bravo ! Mais te souviens-tu si ça a fait mal quand tu as fait dans le petit pot pour la première fois ? L’odeur ? Le feeling que ça fait de se faire essuyer les fesses par quelqu’un d’autre ? C’est ça pour moi, la mémoire… OK ? Vous pourrez laisser des commentaires pour que je sache si je suis normal, merci !

Quand j’étais petit (ouais, un manque d'inspiration pour les intros de paragraphe) je me «souviens» que j’ai reçu une éducation où on nous faisait apprendre par cœur comment écrire, calculer, réciter… J’étais un assez bon petit chien savant, quand je regarde des bulletins d’école que j’ai encore. Puis, je me rappelle aussi que j’étais pas pire dans le sport, parce que j’ai jeté des trophées qui confirmaient (mon nom inscrit sur des petites plaques) que j’avais «mérité» des honneurs quelconques. MAIS, aucun souvenir de qui était assis à côté de moi sur les bancs d’école, d’aréna, de baseball... Quelqu’un parmi vous est capable de se souvenir ?

Ce n’est pas la première fois (je me répète je sais, j’aime ça) que je suis dans ce genre de réflexion. Mais je vais y aller de ce que je pense.

Moi, je pense qu’on m’a lavé le cerveau un moment donné. Et on s’est mis à plusieurs pour nettoyer les traces de mon enfance. Comment ? À force de me dire de ne pas pleurer, qu’un homme ça ne pleure pas. À force de me dire que quand je serai plus grand je comprendrai. À coups de, «arrête de faire ton bébé». Tsé les grands, les parents, les professeurs, les directeurs, les ceuzes qui voulaient qu’on se comporte comme des grands, mais qui nous disaient de ne pas nous mêler de leurs conversations, qu'on était trop petits. Ils m'ont rendu «fucké». Ce sont eux qui m’ont frotté le dedans de la tête. Pas le dehors, parce que je ne me souviens même pas m’être fait passer la main dans les cheveux. Pas avant d’avoir eu une blonde en tout cas. Et ça, ce n’était pas dans mon enfance. Pis encore là...

J’accuse on dirait, mais je ne suis pas fâché là. Mon texte ne se veut pas une saga contre les gens du passé. Non non, y en a plusieurs que je ne pourrais retrouver de toute façon, si mon but était d’aller péter la gueule dans la face des gens qui ont participé à l’effacement de certains bouts de ma vie. Violent ? OK, je me calme.

Alors donc, je reviens au moment présent et tant qu’à être devant mon écran de portable et d’avoir accès à un clavier pour écrire, je vous salue, haha… Petite détente de l’atmosphère quoi !

En vieillissant, je suis devenu un homme, un vrai ! Qui ne pleurait pas. Qui ne parlait pas trop de ses émotions. Qui avait une carapace. Un genre de personnage qui s’est confectionné au fil des ans. On rit avec Dan, ouais ! (clap-clap) Puis, en dedans de moi, y a quelque chose qui me disait que je n’étais pas bien dans la peau de ce personnage. Pas toujours. Et puis, je me rendais compte que lorsque je «jouais» : au hockey, au golf, au tennis, au baseball, aux cartes, aux jeux de société, de la musique, name it… J’étais bien, je me sentais moi-même. Comme… un petit gars de 8 ans, qui… Merde, à 8 ans, qu’est-ce qui nous fait vibrer ?

JOUER ! Pas une «game» là. Jouer franc jeu : être vrai, s’amuser, laisser l’enfant en nous s’exprimer. Bon, enfin. Je viens de cracher le morceau ! L’ENFANT EN NOUS ! On dirait que je pèse 200 lbs de moins, gros morceau hein ? Vous, là, vous deviez me voir venir avec la photo que je vais mettre en haut de la page, n’est-ce pas ? (Là vous la voyez, mais moi je ne l’ai pas encore mise cette image qui m’a inspiré à parler de l’enfant en nous). Quand même bizarre ce que le temps peut faire quand on écrit…

Je m’éparpille un peu, je sais… Mais je voulais que vous sachiez que quand je laisse parler l’enfant en moi, tout est plus simple. Un grand qui agit pour le bien du petit, genre. J’en suis arrivé à me donner la permission de pleurer, même devant les autres des fois. Je suis devenu un homme capable de parler de ses émotions. Un gars qui essaie de ne pas être trop sérieux. Je ne laisse quand même pas mon enfant faire tout ce qu’il veut parce que… Imaginez une personne de 50 ans qui tond son gazon, devant chez elle et qui fait le bruit du moteur en poussant la tondeuse. Cette personne arrête la tondeuse et elle se met à tournoyer sur elle-même, les bras et les yeux au ciel. Elle se roule par terre, dans les feuilles de l’automne qu’elle vient de ramasser pendant 2 heures et elle les lance dans les airs en chantant «au clair de la Lune…» OK, vous avez l’image je pense. Tout ça, sur une rue très passante. Hum… Pas certain que le public qui s’arrêterait pour regarder le numéro, se mettrait à applaudir quand cette personne reviendrait à elle, en temps réel.

J’exagère, je sais, mais pour moi cet enfant c’est comme le cœur qu’on laisse parler. La spontanéité ne fait pas mal quand c’est le cœur qui la met en action, me semble… Et l’adulte serait comme la tête, qui elle, est sérieuse, analyse, pense et repense, se casse parfois. Et hop, dépression, burn-out, isolement… 

L’adulte qui souhaiterait… Ne plus avoir de responsabilités. Ne pas toujours être obligé de rentrer dans le moule. Se donner le droit d’être lui-même, sans se sentir jugé… Imaginez-en 2… 3… 4… 5-6-7-8……… qui se permettraient, de temps en temps, de laisser parler son enfant. Je pourrais chanter dans les allées de l’épicerie, pis sourire sans qu’on pense que je ne suis pas normal. Je parle de moi, mais ces 2… 3… 3… 5-6-7-8 là aussi pourraient se libérer de temps en temps, pour que le presto ne saute pas !

Bon, tout ça ne me donne pas plus de sensations de mon enfance. Mais quand je laisse parler mon cœur, je suis connecté au petit Dan. Peut-être qu’avec de la pratique, qu’en me connectant de plus en plus à lui, je me rappellerai ?

Je vous ferai signe si ça arrive, je m’en vais JOUER au golf là, salut ! Blablabla...

 

 

 

 

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L'ADN, je l'ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

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5 Commentaires

  1. Salut Dan,
    Personnellement, à 54 ans, j’ai une mémoire immédiate un peu déficiente que je peux encore faire passer pour de la distraction! 🙂 Par contre, j’ai une mémoire d’éléphant pour les gens qui m’ont fait du tort ou qui n’ont rien fait du tout dans les périodes diffiçiles, autant que pour ceux qui m’ont fait du bien, que ce soit des gens ou des sensation. Mais je me suis toujours rattachée à mes bons souvenirs ou sensation de bonheur pour me calmer quand j’avais envie que tout s’arrête.
    Mon tout premier souvenir? je me souviens d’une odeur et d’un plafond. Je suppose que je devait être dans les bras de quelqu’un….et l’odeur, je l’ai identifiée beaucoup plus tard. Une odeur chaude de cigare mélangé à une odeur de tabac à pipe !Ça devait être chez mon grand-père St-Laurent. D’ailleurs quand je fume un cigare…je me sens toujours très bien et je ressens un drôle de sentiment de sécurité.

    Il y a une autre odeur que j’aimerais bien retrouvée, celle des vers de terre sur les rues quand il pleut.. Celle-là, on ne la retrouve plus !Quand j’allais à pieds à la petite école et que j’essayais de les éviter!

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    • Daniel-Nicolas Lapierre

      Haha… Salut Lynda ! Je ris en lisant ta dernière phrase. Parce que c’est drôle, cette odeur de vers de terre après la pluie, surtout pendant les chaudes journées, je m’en rappelle très bien aussi. Juste de te lire, cette odeur remonte.

      Et pour ce qui est de ta mémoire, tu me fais rigoler aussi en disant que la distraction te sert bien ! 🙂 Tu m’as l’air d’avoir une mémoire «sélective» et tu y vas du bon côté en te rappelant les bons souvenirs et les sensations agréables.

      Merci d’avoir laissé ce commentaire et prends soin de toi ! Dan

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  2. D’abord Dan une information: généralement ce qu’on se souvient étant très jeune c’est que ça nous a marqué. C’est souvent quelque chose d’émotif.
    Je me souviens personnellement de l’atmosphère et de la porte entre ouverte de la chambre où était ma grand-mère lorsqu’elle vivait chez-nous et qu’elle était malade. Elle est morte j’avais 20 mois. J’étais très proche d’elle et je passais beaucoup de temps auprès d’elle.
    Je me rappelle d’un lit très haut dans une chambre à gauche de l’escalier dans la même période.
    Et je me souviens vers l’âge de trois ans, je suis dans un fossé et j’ai décidé de rester là jusqu’à ce que mes parents reviennent, je ne veux pas retourner où je me fais garder. J’entends les autos passer juste au-dessus de ma tête et la noirceur qui commence.
    Ces souvenirs sont en lien avec des moments « désagréables » de ma tendre enfance.
    Faut dire que je suis visuelle. Peut-être as-tu des souvenirs de sons?
    J’explore certains souvenirs traumatisants qui sont seulement des sensations physiques pour l’instant. Ces souvenirs sont venus suite à un rêve et à des dessins de celui-ci. J’y travaille depuis des mois et je n’ai pas encore d’images souvenirs mais seulement des images qui sont des représentations symboliques de ce vécu. Peut-être que les images souvenirs ne reviendront jamais parce que j’étais trop jeune mais les sensations physiques sont là et elles sont très fortes et malgré tout je me libère de ce traumatisme.

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    • Daniel-Nicolas Lapierre

      Salut Sylvie. Merci beaucoup pour ce commentaire très pertinent. Pis je vais te dire : ton information est exactement ce que je pense aussi. Je suis content de lire que tu réussis à te libérer du traumatisme : t’es forte mon amie.

      Maintenant… Oui j’en ai des souvenirs assez précis de ma vie de jeune enfant. Oui, des sons : des voix, des mots, le ton utilisé. Mais aussi, des odeurs, des sensations physiques désagréables. Mais, à cause de ma fragilité, j’avais effacé certaines périodes de ma vie. Douloureux souvenirs qui sont revenus en thérapie, sous hypnose, dans la trentaine. Mais aujourd’hui, mon texte n’avait pas le but de régler des comptes avec quiconque. Si j’écrivais sur ces souvenirs, ça impliquerait d’autres personnes. Mon texte est vrai, mais j’ai évité d’aller dans les zones plus sombres. Je suis en train d’écrire un roman où j’irai peut-être un peu plus loin, en racontant ma vie, de façon romancée… Pas encore prêt j’imagine.

      Voilà, merci encore Sylvie ! Un plaisir de te lire.

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    • Merci Sylvie pour ton commentaire, très pertinent et il pourrait m’être utile qui sait!!!

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