Mon anxiété

Mon anxiété

Je suis assis dans le fond de la classe qui monte en rangées. On est 62 dans le cours de français à l’Université, c’est là que tout a pris de l’ampleur.

Oh, j’avais traversé des périodes de stress et un peu d’anxiété, mais cette journée là, à L’université de Montréal, dans la grande ville de Montréal, je me suis rendu compte que c’était comme si je ne reconnaissais plus rien, plus personne… Moi le gars d’une petite ville de 5 000 habitants, je connaissais tout le monde, j’envoyais la main à plein de gens sur la rue. Ma vie de gars « smooth » a commencé à s’activer un peu plus à partir de cette journée et ça s’est passé à grande vitesse.

Du fond de la classe, j’avais l’impression que j’avais le contrôle, au cas où il arriverait quelque chose. Au cas où j’aurais un état d’anxiété plus sévère, je pourrais m’en aller sans que personne ne me voie. Je suis sorti une couple de fois d’ailleurs. J’avais confié à une amie proche, en qui j’avais confiance, que je faisais de l’anxiété et juste le fait qu’elle le sache, ça me rassurerait. Elle m’a offert qu’on se fasse des signes en cas d’attaque. J’avais une alliée, je me sentais déjà mieux.

Mais, en dehors de l’école, il s’est mis à se produire des événements, à s’installer des situations anxiogènes. Et je n’avais pas mon alliée. Je ne connaissais personne dans le métro, sur la rue, en dehors l’école, à part ma conjointe. J’avais l’impression qu’il aurait fallu qu’une ambulance se promène pas loin de moi, parce que quand j’avais une montée d’anxiété, j’avais peur de devenir fou ou de mourir. Les secours devaient être proches…

J’étais dans le métro et je me suis mis à me sentir mal. À avoir des poussées de chaleur, à manquer d’air et d’espace. Dans ma tête, j’essayais de me rappeler ce qu’on avait pensé préparer pour souper et je n’arrivais même pas à me concentrer là-dessus tellement je croyais que tout le monde autour savait que je n’allais pas bien. J’avais l’impression d’être un alien dans un groupe de personnes inconnues…

Je suis sorti du métro bien avant MA sortie, je n’en pouvais plus. Rendu dans la rue, je ne reconnaissais pas le décor, même si je savais que j’allais dans la bonne direction. Et ça me faisait peur, tout allait vite dans ma tête. Encore là, l’impression que les regards se portent sur moi, augmentation du pouls, de la pression… L’impression d’avoir un bloc de glace à la place du cœur, puis je suis certain que je fais une crise cardiaque. L’envie de m’étendre sur l’asphalte et de crier AU SECOURS! Et tout ça se passe rapidement, ça prend de l’énergie, de plus en plus… Je ne comprends plus rien à ce qui se passe.

En train de faire mon épicerie, tout va bien, y a de la « belle p’tite musique » d’une radio très commerciale. J’ai l’impression que mes oreilles commencent à se boucher, ça devient de plus en plus sourd et mon cœur bat à 140 pendant que je ne fais pratiquement rien. Je le sais, j’ai souvent pris mon pouls pour voir dans quel état je me trouvais. À cette vitesse là, l’été, ça ne prend pas beaucoup de temps pour que la chaleur s’active et les sueurs commencent à perler sur mon front. Tout de suite, c’est aux gens autour que je pensais. On aurait dit qu’ils me regardaient tous comme si j’avais l’air étrange. Pourtant, je me suis déjà regardé dans un miroir quand je fais de l’anxiété et rien ne paraît…

Je cherche à comprendre ce que je vis, pendant que je pense à fuir l’endroit, pendant que je me dis plein de choses pour me calmer, pendant que j’ai l’impression que je suis en train de devenir fou, pendant que j’ai l’impression de ne plus être dans le monde et ça se passe vite, ça m’empêche presque de bouger… Encore envie de demander de l’aide : «  mais ça ne se fait pas, tu vas passer pour un cinglé, pour un gars qui cherche à faire pitié, tu vas déranger, garde ça pour toi, n’en parle pas… » Ma tête pense à tout ça en même temps qu’elle me dit de m’en aller, qu’elle cherche à comprendre ce que je vis, qu’elle imagine les regards des gens autour… Elle est épuisée la tête, elle voudrait que le hamster arrêter de faire tourner la roulette aussi vite. J’aimerais trouver le piton pour mettre à OFF, il n’y en n’a pas merde!

Plus les journées avancent et plus y a d’événements où je fais des crises d’anxiété, crises de panique et crises d’angoisse. C’est rendu au quotidien, des fois presque 24 heures sur 24…

Ah! Ça se peut que vous vous demandiez ce que ma conjointe faisait là-dedans, hein?! C’était la seule personne qui savait à peu près tout ce que je vivais. Et elle m’encourageait à aller voir pour de l’aide. Et moi, dans ce temps-là, tout ce qui commençait par PSY ne me disait rien qui vaille. Pour aller rencontrer un PSY, fallait être malade mental (dans mon jeune temps, il n’y avait rien de pire que de se faire traiter de malade mental). Alors, ma conjointe ne savait pas comment m’aider, sinon de me calmer en me serrant dans ses bras, en jouant dans mes cheveux, en me tenant la main, en me regardant doucement dans les yeux… En faisant l’amour, je dirais le seul « endroit » où l’anxiété n’avait pas accès.

J’ai fini par abdiquer, n’ayant plus d’énergie et pensant devenir fou ou de mourir à presque tous les jours, les heures… Partout où j’allais et que je faisais une crise quelconque, je ne voulais plus retourner à cet endroit. Alors, plus d’école, plus de métro, de sorties à l’épicerie… Il ne restait à peu près plus que chez moi où j’étais dans un semblant de sécurité. Je ne pouvais plus vivre ainsi et je suis donc aller voir un médecin, un psychiatre, quelques psychologues (ça se choisit).

Anxiolytiques, antidépresseurs de toutes les couleurs, de toutes les grosseurs, de toutes les forces. Je suis devenu une pharmacie ambulante que je m’appelais, haha… Plusieurs essais, plusieurs mauvais effets (secondaires pour la plupart), plusieurs sevrages. Oufffff…  Jusqu’à ce que le mix parfait (pour moi) soit Rivotril et Effexor, grands gagnants d’une centaine de dollars par mois pour le nouveau client que je suis devenu. Bravo!

Je suis un peu sarcastique, parce que je prenais ces médicaments, mais à reculons. Je n’avais pas envie qu’on gèle mes émotions, je suis un passionné. J’ai fini par comprendre que j’allais bien avec les deux gagnants et que, comme un diabétique a besoin de son insuline, j’avais besoin de mes doses de molécules qui régularisent la dopamine, la sérotonine et autres INE. C’est comme ça que j’ai décidé de suivre les conseils d’une belle équipe que j’avais autour de moi.

Le même psychologue pendant 3 ans, une heure par semaine, ouais toute une thérapie que j’ai suivie avec cet être humain hors pair. Je lui dois beaucoup. Il m’a aidé à éliminer de mauvais comportements, de mauvaises pensées et transformer ça en amour, en paix, tout en me confrontant constamment avec mes peurs irraisonnées. Passionnant et profond comme relation… Il m’expliquait à peu près tout ce que je voulais comprendre, il était fort.

Médecin de famille depuis 15 ans, une jeune femme pleine de lumière. Je peux passer 30-40 minutes avec elle, on ne regarde pas que le physique ensemble. Elle a de bonnes connaissances en psychologie et elle est tellement à l’écoute.

Le troisième membre de ma belle équipe, c’est MOI! Le principal intéressé, celui qui va tout décider, mais en tenant compte de l’avis des deux autres. Je me rends compte, maintenant, de tout le cheminement que j’ai pu faire depuis 28 ans. Je prends toujours des médicaments depuis tout ce temps et c’est correct pour moi maintenant. Ça ne m’a pas empêché de changer : j’ai vu disparaître mon côté soupe-au-lait; je regarde le positif dans tout; j’ai appris à sentir l’énergie, la mienne et celle des autres; j’ai retrouvé le gars « smooth », toujours capable de ressentir mes émotions; je suis plus sensible aux belles choses et il y en a tellement… Bref, je suis content de voir qu’avec l’aide de mes deux « complices », j’ai réussi à passer à travers des bouts d’enfer tout en remplaçant tout ça par des petits bonheurs. Sans compter que mon énergie, je la garde pour les bonnes choses.

Sans trop m’envoyer de fleurs, je dirais que je suis fait plus fort que je le pensais. Surtout à l’époque où tout ce que je croyais c’est que j’allais devenir fou ou que j’allais mourir… JAMAIS, je n’aurais cru être là à 60 ans.

Gratitude…

 

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L'ADN, je l'ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

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