Mon nez et mes oreilles se souviennent

Mon nez et mes oreilles se souviennent

«Le temps qui passe ne revient jamais». Les paroles que mon ami le Capitaine Nô chante dans une de ses tounes sur son album Évolution (2010), sur lequel j’ai fait les claviers. Je viens de réécouter la chanson et je me sens tout à coup un peu mélancolique…

Dehors, ici à Boucherville, le ciel est bleu et la température me rappelle les printemps de mon adolescence, de mon enfance. Quand les rues en pente de mon patelin ruisselaient pendant que la neige fondait. L’air était frais, nos poumons la respiraient avec un désir immodéré de nous donner une énergie que nous croyions éternelle. Nous nous amusions à faire de petits barrages pour faire dévier cette eau vers la neige, pour qu’elle fonde encore plus vite…

Nous nous ramassions une dizaine de jeunes pour jouer nos derniers matches de hockey sur une rue plus à plat. Des grosses boules de neige délimitaient la zone des buts et traçaient la fin de notre zone de jeu. Ça courait, ça riait, ça criait : ça étant nous ! Quand une auto s’amenait au loin, nous espérions qu’elle ne passe pas sur nos «poteaux». Mais les conducteurs, à l’époque, étaient respectueux de nos jeux d’enfants-adolescents et se tassaient pour ne pas défaire ce qu’on avait fait. Et on saluait, en guise de remerciement, ceux qui conduisaient ainsi. Tout le monde se connaissait, alors nos salutations s’adressaient à un adulte qui faisait, en quelque sorte, partie de nous…

À cette époque, la neige était encore bonne à manger. Il faut croire, puisque je suis encore là pour en témoigner. Même si nos parents nous disaient de ne pas le faire, nous sucions quelques poignées de neige pour nous hydrater. Nous n’avions pas de gourdes, elles n’auraient pas été nécessaires.

Puis, le printemps bien installé, le gazon ayant séché, nous sortions nos «mites» de baseball et nous allions sur un terrain assez grand pour pouvoir frapper, courir, attraper, glisser sur les planches qui nous servaient de coussins. Derrière la maison de Monsieur Richer Talbot, il y avait assez d’espace pour nous servir à jouer. Chez Gaby Lemelin, nous pratiquions le football. Touch-football bien sûr. C’était moins dangereux, nous n’avions pas l’équipement pour pratiquer ce sport de contact. Ça ne m’a pas empêché de casser mon nez pour la première fois. Un joueur au sol s’était relevé rapidement pendant que j’étais au-dessus de lui et sa tête avait durement frappé mon appendice nasal, colorant mes yeux au beurre noir pendant quelques jours.

L’été arrivé, c’était les vacances. La saison pour jouer au baseball de façon plus «professionnelle», ha haha ! Je faisais partie des ligues organisées par notre ville. Juste des joueurs de Windsor quand nous étions Moustique et Pee-Wee, puis l’Inter-Cité rendus Bantam. J’ai encore l’odeur de la chaux fraîchement déposée pour délimiter l’endroit où se séparaient les fausses balles des vraies. J'entends encore le son des balles qui atterrissaient dans le «back stop» fait de grillage en métal, genre de clôture quoi ! Le son des bâtons de bois, des crampons de métal, des joueurs qui criaient de courir plus vite. Nos cris d’encouragement pour celui qui était au bâton, ou ceux de mes coéquipiers qui me soutenaient quand j’étais lanceur…

Puis c’était l’automne et le retour à l’école. La fin de saison de baseball coïncidait avec le début des hostilités entre les équipes de hockey formées par les instructeurs de ma petite ville. Encore là, ce sont les bruits et les odeurs qui me rappellent des souvenirs de l’époque. Le «tape» que nous mettions sur nos bâtons, le caoutchouc des rondelles noires, la gomme Chiclets que nous distribuait le coach. Sur la patinoire, les effluves des frites de la cantine me reviennent au moment d’écrire ces lignes. Bien sûr, les bruits ambiants des spectateurs nous encourageant, des rondelles qui frappaient les poteaux, des bâtons qui s’entrechoquaient, les lancers dans les bandes… J’ai l’impression de les entendre jusqu’ici, assis derrière mon portable.

Le temps qui passe, ne revient jamais… J’essaie de m’en rappeler, quotidiennement, question de vivre les moments présents…

Maintenant, je ne joue plus au baseball ou à la balle donnée depuis 7-8 ans. Mes étés, je les passe sur des terrains de golf avec des amis. J’arbitre dans une ligue de garage au hockey, le samedi soir assez tard. Je ne suis plus ce jeune homme actif que j’étais…

Voilà des souvenirs ! Tout ça, à cause de la musique que j’ai écoutée tout à l’heure. La musique, qui fait aussi partie de ma vie depuis que je suis tout petit. Cet art qui nous fait vivre des émotions, je vous en reparlerai sûrement, car ma mémoire s’active au son et aux odeurs.

Je retourne écouter quelque chose, ou peut-être irai-je jouer du piano, tiens. Si je le fais, j’ai l’impression que le rythme ne sera pas très rapide, mélancolique que je suis.   

Repassez quand vous voulez, laissez-moi un mot ici ou sur Facebook, toujours apprécié.

Merde que je me sens seul tout à coup…

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

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3 Commentaires

  1. Merci pour ces souvenirs Daniel, je suis jaloux de toi. Content d’entendre que tu ais de beaux souvenirs de ta jeunesse, des odeurs qui te reviennent te rappelant que tu as vécu de belles choses.
    J’aimerais en dire autant mais impossible j’ai oublié. Oui j’ai oublié la majeure partie de ma vie jusqu’à mes 21 ans. Y’en a qui diront mais non tu te souviens de ceci ou cela et là je me rappellerai un peu. Mais par moi-même j’ai beaucoup de difficulté à me souvenir des ¾ de mes 21 premières années de ma vie. Mon corps se souvient des émotions vécues comme la tristesse, le rejet, l’abandon, la rage, mais pas de sentiment de bonheur. C’est peut-être mieux ainsi, car si je me rappelais peut-être que je souffrirais trop.
    La mémoire oublie mais pas le corps, pour preuve une odeur va vous ramener chez votre grand-mère ou ailleurs. C’est ton corps qui dit au cerveau de se rappeler un événement ou un endroit de ton passé.
    J’aime te lire Daniel. Continue nous sommes plusieurs qui attendons le prochain texte.

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  2. Merci pour ce beau partage. Cette réponse est une preuve que tu n’es pas totalement seul mon ami hihi toujours quelqu’un pas très loin pour te lire et ou t’écouter 🙂

    Encore merci, pour quelques instants je suis redevenu un petit garçon, j’étais là avec toi, je pouvais sentir ce beau printemps 🙂

    Bon nombril de semaine !

    Alain

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    • Daniel-Nicolas Lapierre

      Salut Alain ! Merci à toi de me lire et de me laisser un p’tit feedback, ça fait toujours du bien de te lire. Je me rappellerai que je ne suis pas seul haha… Quand j’écris, je le fais spontanément, en ne pensant pas que je vais être lu. C’est avant de mettre l’article sur mon blog que je m’en souviens et là, souvent, je me demande plutôt si je vais mettre ou pas tellement j’ai des doutes sur la qualité de mon écriture. Tu connais ça mon ami qui écrit aussi, hein ? 😉

      Au plaisir mon cher Alain. 🙂

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