On m’appelait Alice…

On m’appelait Alice…

Sur Facebook, j’ai des amis bien sûr. 387 que je connais presque tous en personne. Des gens de ma ville natale, des anciens élèves, des anciens confrères et consœurs de travail, des musiciens (ennes), chanteurs et chanteuses, des amis dans la vraie vie. Dernièrement, un de mes « vieux » amis m’a écrit quelques messages, en m’appelant Alice. Ça allait éveiller des souvenirs.

27 décembre 1973.

Il n’y avait pas un mois que je venais d’avoir mes 15 ans. 2 ou 3 jours plus tôt, mon ami Jack Montminy et moi avions décidé que nous allions à Montréal pour y voir un spectacle d’Alice Cooper que nous aimions bien, surtout du fait qu’il était spectaculaire. J’étais déjà allé à Montréal pour jouer au hockey lorsque j’avais 8-9 ans et c’était accompagné par des adultes, bien sûr, que j’y étais allé à l’époque. Pour un p’tit gars de Windsor, à 15 ans, Montréal c’était gigantesque, c’était dangereux… Nous avions choisi d’affronter nos peurs pour aller voir et entendre le rockeur au prénom de fille.

C’est en autobus que nous avions fait le voyage d’aller. Je me souviens encore à peu près de la grandeur de mes yeux lorsque nous approchâmes la plus grande ville du Québec.

Arrivés dans la Métropole, c’est le métro que nous voulions prendre. Nous promener sous la terre dans un genre de train nous semblait être un terrain de jeu qu’il fallait absolument visiter. Je ne me souviens pas le nombre de stations qu’il y avait en 1973, mais je suis certain que nous les avons toutes faites plus d’une fois, il le fallait.

Nous nous sommes ensuite dirigés à la Place Alexis Nihon, énorme centre d’achats pour des p’tits culs des Cantons de l’Est, à peine habitués au Carrefour de l’Estrie qui venait d’ouvrir ses portes la même année… Alexis s’étalait surtout en hauteur. Nous avions dépensé de l’argent dans un photomaton et dans une espèce d’ordinateur qui « dessinait notre image » d’après notre signature. Je me souviens vaguement d’une carte perforée qui décrivait certains traits de notre personnalité, bref un bidule qui pouvait impressionner deux jeunes hommes nés en 1958.

Nous sommes allés manger, puis nous nous sommes finalement rendus au Forum pour aller nous procurer des billets pour aller voir cet Alice au pays des cauchemars. Comme nous nous étions très mal préparés pour cette aventure, quelle ne fut pas notre surprise de nous rendre compte qu’il nous manquait des sous pour nous procurer les billets tant attendus.

Nous sommes retournés faire quelques tours de métro et nous avons quitté la ville… à pied. Il devait commencer à se faire tard et je vous éviterai les détails, mais nous sommes parvenus à nous rendre à l’extérieur de l’Île pour atteindre le bord de l’autoroute 20. C’est avec nos pouces que nous retournerions chez nous.

27 décembre en 73, il pleuvait en fin de soirée, ça je m’en rappelle très bien. Au début de la nuit, nous étions rendus à St-Nicéphore, près de Drummondville. Nous y sommes restés quelques heures, les véhicules se faisaient rares. Il ne nous manquait qu’un lift, en principe, mais il commençait à faire froid et nous étions détrempés, à l’os comme on disait dans le temps. Un monsieur qui s’en allait en direction inverse revint sur ses pas pour nous offrir de nous conduire au poste de police de Drummondville, où on nous aiderait. Nous acceptâmes sans trop nous poser de questions.

Au poste de police, nous allions demander asile pour la nuit. On accepta de nous héberger, à condition que nous remettions presque tout ce que nous avions sur nous, jusqu’à nos ceintures et nos lacets de bottes. Et bien sûr, il fallait que nous déclinions nos identités. On nous escorta ensuite vers des cellules toutes petites où un mini-lit m’attendait. La nuit fut brève…

On nous réveilla et on nous ramena là où nous étions entrés. On nous remit tout ce que nos poches contenaient, ainsi que les objets qui auraient pu nous servir à nous pendre (c’est là que j’ai compris pourquoi on nous avait enlevé jusqu’à nos ceintures et lacets). Puis, surprise, mon père nous attendait juste à côté ! La police avait prévenu nos parents de notre présence au poste. Oulala, ce que j’avais peur de me faire engueuler. Eh non ! Mon père blaguait avec nous sur la route qui nous ramènerait à la maison…

Puis, le lendemain je crois, nous étions quelques amis chez nous et Jack et moi faisions le récit de nos exploits lorsque mon paternel se pointa pour venir ajouter son grain de sel. Ce qu’il a dit, je ne m’en souviens pas, mais je me rappelle de ceci : « Ça prend des maniaques de musique rock pour avoir vécu cette journée, sans même assister au spectacle… » Quelque chose du genre. Et il finit en me tapant sur l’épaule et en disant : « Cré Alice… »

Ce fut le début d’une nouvelle vie pour moi. Mes amis m’appelaient maintenant Alice, même à l’école. Surtout lors des soirées de danse. Des filles me maquillaient les yeux comme Alice le faisait. Avec mes cheveux longs, ma longiligne silhouette et les chapeaux que je portais, j’avais un peu l’air de la vedette rock que j’aimais, sans en être un fan fini. Je ne passais pas inaperçu je peux vous dire.

J’étais un membre impliqué dans la coopérative étudiante au secondaire et on m’avait rebaptisé Alice COOPERative, haha… On avait même fondé une famille COOPERative. J’en étais la… mère ! Une belle petite gang qui tournait autour de la coop étudiante…

Ainsi, ce surnom allait me suivre pendant quelques années et quelques personnes me nomment encore ainsi, hein Janis ?

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L’ADN, je l’ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

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2 Commentaires

  1. C’est cute cette histoire! Ahhh la jeunesse… Le 27 décembre 1973, j’avais 7 jours de vie!!! Haha

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  2. Merci, c’est le fun de lire ton aventure. Je ne m’en souvenais plus du comment était arrivé exactement ce surnom. Je me souvenais de cet événement, le fameux spectacle, ce surnom que j,aime, qui te va bien et que j’emploi si souvent. Continue à nous faire voyager avec tes mots.

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