Perte de temps

Perte de temps

Je suis paralysé. Oh ! Je bouge, je respire… Mais je tourne en rond, comme un lion dans sa cage. Comme une souris devrais-je écrire, parce que je me fais le plus petit possible. Je ne veux pas qu’on me voie, je ne veux pas qu’on m’entende. De toute façon, je ne saurais que dire sinon que ça ne va pas et ça, je ne veux pas qu’on le sache. Je ne peux pas me plaindre, y a toujours pire que soi…

On me dit que je serai comme ça toute ma vie. Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours eu ces passes où je sabote tout. Où je m’isole et finis par ne plus savoir si je veux continuer ainsi. Alors, je demande à mon médecin de réviser les doses de pilules, de changer une sorte de médicament pour une autre et pendant ces sevrages, je survis une journée à la fois, un peu à la manière du film «Le jour de la marmotte». Une semaine c’est long, imaginez un mois !

Je ne mange presque pas, j’ai mal au cœur. Et alors ça me donne mal à la tête. Je n’ai pas envie de me forcer à me remplir l’estomac, de toute façon j’ai des réserves de gras pour vivre éternellement. Mais je ne veux pas vivre éternellement, pas comme je vis depuis des semaines et des semaines, Amen !

Y a pas une journée où je ne pense pas à «m’en aller», mais ça ne se fait pas. Je ne laisserai pas «ceux qui restent»… En même temps, je ne vois personne, ou presque. Je me sens poigné un peu, pas mal… Je me sens inutile et mon carburant, il est là quand je me sens utile.

Je suis paralysé. Comme si quelque chose me retenait enfermé. J’ai beau regarder dehors et voir le soleil briller de ses plus beaux rayons ; voir des gens passer sur la piste cyclable en courant, en pédalant, en marchant… Les voisins qui dépoussièrent leurs terrains pour préparer l’été qui viendra rendre leur gazon plus vert que le mien. Tout ce monde m’a l’air souriant, bien, heureux et je les envie… J’aurais parfois le goût de sortir et leur demander de m’entraîner dans leur tourbillon d’énergie. Cette énergie que j’ai l’impression de ne plus avoir. J’ai bien écrit «l’impression de ne plus avoir», parce que mon énergie je la gaspille en essayant de me faire le plus petit possible. C’est usant de se cacher et de vivre dans le silence…

Depuis des années, j’ai des amis qui me disent de ne pas rester isolé comme je le fais souvent. De les appeler quand ça ne va pas, mais je ne veux pas déranger. Je ne veux surtout pas passer pour un de ces négatifs qu’on éloigne de soi, parce que pour être bien, il faut s’entourer de personnes positives.

Le téléphone sonne présentement et ils sonnera 4 coups je le sais, comme toujours. Je regarderai qui a appelé et je souhaiterai qu’on m’aie laissé un message qui me demande de rappeler. Mais ça, ça fait des années que je le fais quand je ne vais pas bien et les gens ne laissent plus de messages, ils doivent se dire que je n’ai qu’à répondre. Je ne réponds pas, pour pas qu’on me dise : «ça va Dan ?» Et que je dise «Oui !». Qu’ils sentent que je mens et qu’ils me demandent ce qui ne va pas… Et que je raconte que je n’ai pas de vie et que ça fasse pitié aux yeux des autres. Ou plutôt non-sens, moi qui ai supposément tout ce qu’il faut pour être heureux…  

J’ai l’impression que je ne sais pas communiquer. J’attends qu’on sente que je ne vais pas bien au lieu de demander de l’aide. J’ai l’impression qu’en m’isolant, en ne donnant pas de nouvelles, on viendra me chercher et on me sortira de cette période de temps où je paralyse. On dirait que j’attends qu’une main me tienne et me fasse faire les premiers pas, comme un enfant qui n’a jamais marché. Mais si on m’offre une main, je la refuserai. Je trouverai toutes les raisons du monde pour qu’on me laisse tranquille.

J’entends déjà les : «botte-toi le cul», «réveille-toi», «t’as tout ce qu’il faut», «c’est juste passager», «y en a des pires que toi», «veux-tu que je te sorte moi?», «sors, il fait beau», «tu vas voir, t’es fait fort, tu vas passer à travers comme d’habitude»…

Haha… J’oubliais, je suis retraité, je peux faire ce que je veux, quand je veux… Je ne fais pas d’activité tout seul et quand je m’isole, je ne suis pas de bonne compagnie, trouvez l’erreur !

J’ai joué du piano pendant une heure aujourd’hui. Ne me demandez pas ce que j’ai joué, j’ai l’impression que je ne savais plus comment. Mes deux mains ne s’harmonisent pas, je manque de concentration, je suis comme «toujours ailleurs».

Je suis allé à ma dernière partie de hockey, suivi de notre party annuel. Dans la chambre, comme pendant la soirée, je ne sais combien de gens m’ont dit : «t’es donc ben tranquille le Dan, ça va ?» Et moi de bafouiller des réponses rassurantes. Je suis allé jouer au golf aussi, premier match qu’on attend avec hâte. Avec des amis superbes qui ne me jugent pas. Après 9 trous, j’ai quitté, en m’excusant parce que j’avais trop mal au dos. C’est vrai que j’ai des problèmes de dos, mais je n’avais tout simplement pas de fun, je n’étais pas là, perdu dans ma tête. Et ce mal de dos, je le fais soigner par une massothérapeute merveilleuse et j’ai volontairement raté mon dernier rendez-vous parce que je ne voulais pas qu’elle me voit… Sabotage !

Je voudrais tout faire et ne rien faire à la fois. Je voudrais être entouré de gens et je ne veux pas qu’on me voie quand je ne vais pas. Je peux avoir le même bout de toune de 10 secondes qui joue dans ma tête pendant 4 heures, sans arrêt. Aujourd’hui, c’est : «Si Dieu existe» qui joue en boucle…Le moindre petit geste que je pose me demande réflexion. J’essaie de dormir pour que le temps passe, sans que je ne le vois, c’est long… Je ne trouve plus l’estie de poignée de porte. Et pendant ce temps-là, la vie continue, j’en perds des p’tits bouts qui ne reviendront JAMAIS.

Ben oui, je passerai à travers, faudra bien. En attendant, je refuse de me laisser aider, je ne suis pas montrable, je me trouve laid, amer, je n’ai pas la forme. Je ne veux pas qu’on me voit quand je ne vais pas. Et le cercle se referme, de plus en plus petit, j’étouffe ! Je ne me laisse pas aimer, je n’en donne pas la chance…

Si vous avez lu ce texte jusqu’ici, bravo ! SVP, ne me jugez pas. J’écris pour me faire du bien et j’en avais grand besoin… Demain, je sortirai dehors, ce sont les premiers pas qui sont les plus difficiles paraît. Pourquoi remettre à demain et ne pas le faire ce soir ? Pfffffffffffffff…

Je suis paralysé…

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Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L’ADN, je l’ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

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1 Commentaire

  1. Salut Dan, ton texte est touchant mais ça tourne en rond comme tu dis.
    J’ai bien hâte au concert, peut-être qu’on se verra si tu ne changes pas d’idée.
    Alors on se voit en mai.
    Bye-bye

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