Un accident, bête et méchant

Un accident, bête et méchant

Le 26 janvier 2002, journée qui restera gravée dans ma mémoire à jamais.

J’habite dans une vieille maison sur la route Marie-Victorin à Boucherville. Dans cette maison, presque tout, dont l’escalier intérieur, a été refait. Tout en bois, superbe. Je le trouve quand même dangereux cet escalier. Dans ce sens qu’il y a dix marches toutes pareilles, de la même largeur et les quatre marches du bas tournent à 90 degrés, donc l’intérieur des marches est moins large. Vous me suivez ? Good ! Au bas de l’escalier (quand les marches virent le coin), une vitre sépare l’intérieur, de la véranda qui donne sur le fleuve. Depuis deux ans que j’habite là et que je dis à ma fille et ma conjointe, de faire attention en descendant cet escalier…

C’est un samedi après-midi de janvier, le 26 vous l’aurez deviné. Il n’y a pas de neige au sol ou si peu. Le temps est quand même assez doux. Ma conjointe travaille pour les boutiques San Francisco, acheteuse de métier et elle est à la maison avec une collègue de travail. Elles décident d’aller à son lieu de travail pour aller chercher quelques bidules pour terminer ce sur quoi elles étaient affairées. Elles emmènent ma fille de 9 ans avec elles, Claude aime bien être avec ses deux «grandes sœurs»…

Moi, je suis en congé, comme je suis enseignant. Je me prépare à fêter les 40 ans de ma meilleure amie, fête qui aura lieu le lendemain. Nous allons lui chanter quelques chansons en surprise, sa belle-sœur et moi. En début d’après-midi, je suis allé dans ma chambre pour terminer quelques séquences qui vont nous servir d’appui pour chanter. Des midis files qu’on appelle cela, musique que j’ai montée à l’aide de mes claviers et de l’ordinateur. Après avoir bien mixé les enregistrements et avoir gravé celles-ci sur un cd, je descends pour en faire des copies.

En descendant les marches, j’entreprends de regarder si le cd est bien gravé. On voit habituellement une ligne qui nous dit que l’opération a réussi. Le temps de soulever le disque compact et de soulever la tête en sa direction, que je sens tout mon poids être balancé par en avant, donc vers le bas. En une fraction de seconde, je tombe dans la fenêtre en me protégeant avec ma main droite. Un bruit d’enfer et tout s’arrête brusquement. Je suis à genoux dans le bas de la fenêtre, une main qui pend dans la véranda et le reste de mon corps dans la maison. Je ressens une douleur dans ma main droite et je la ramène à l’intérieur. Le sang pisse comme dans les films, à chaque battement de cœur, un jet…

Je cours vers l’arrière pour aller chercher du secours et je vois ma voisine en train d’étendre du linge sur sa corde (je vous l’ai dit que c’était doux). Je cogne dans ma vitre et elle me voit : ses yeux s’agrandissent et je lui dis d’appeler le 911, ce qu’elle s’empresse de faire. Elle vient me rejoindre, après avoir alerté notre autre voisin. Elle a son téléphone sans fil et répond aux questions de la personne au bout du fil, pendant que mon voisin me demande où il peut trouver des serviettes. J’ai mal à la main et je suis très nerveux, mais la présence de mes amis me rassure. En moins de 6 minutes, l’ambulance est arrivée chez moi… (Je n’ai pas minuté, c’est ce qu’on m’a dit.)

Ma blonde revient du bureau et il y a une ambulance qui roule tranquillement près de chez nous, tous phares allumés. Elle s’impatiente un peu, mais respecte le fait que ce véhicule ira à la rescousse de quelqu’un. Puis le conducteur semblant avoir trouvé l’adresse, tourne dans une entrée de cour. Une inquiétude envahit ma blonde, son amie et ma fille. «Chez nous ?», qu’elle se dit. Se stationnant derrière l’ambulance, elle dit à ma fille d’attendre, mais Claude, neuf ans, est plus rapide qu’elle et elle arrive face à moi qui suis allongé dans l’escalier dehors, je suis blanc comme un drap. Je lui dis : «c’est correct mon amour, papa est correct». Dans ses yeux, il semble y avoir de l’incompréhension. Comme dans ceux des deux femmes qui arrivent aussitôt. Un des ambulanciers prend le temps d’aller voir ma fille et de lui donner des explications que je n’entends pas, j’ai comme les oreilles qui commencent à «boucher».

Joëlle, la fille de ma voisine Andrée, invite Claude à aller jouer avec elle. Madame Simard, qui était en visite chez Andrée essaie d’expliquer à ma blonde ce qui est arrivé : «Dan s’est blessé avec une hache». Shirley est américaine et a un accent. Andrée lui avait dit : «Dan est tombé dans les marches». Ma conjointe ne comprend pas ce que je faisais avec une hache entre les mains, elle ne m’a jamais vu avec un tournevis ou un marteau, j’suis pas très bricoleur. Le quiproquo ayant été réglé, je pars en direction de l’hôpital…

L’ambulancier m’a fait un garrot et je ne sens plus du tout ma main droite, sinon une pression énorme la rend pesante. Il me parle de tout et de rien pour me changer les idées et ça fonctionne. Le temps de le dire et je suis en salle d’urgence. Disons que j’ai «bypassé» la salle de tri cette journée-là, je n’ai pas attendu une seule minute… La docteure me dit que je suis un tough d’avoir «enduré» le garrot aussi longtemps et elle le desserre tranquillement. Je sens une chaleur intense. C’est le sang qui décide de se déverser à grand rythme sur le plancher. Les infirmières accourent pour éponger.

On me remet un garrot et la docteure fouille dans ma main pour voir s’il n’y a pas de vitre qui resterait dans la blessure. Elle s’apprête à faire des points de suture, mais je lui dis que j’ai l’impression qu’il y a un morceau de vitre, parce que ça fait mal. Elle m’explique, après avoir fait des tests avec mes doigts, que j’ai le tendon du petit doigt sectionné (je ne peux plus le bouger), que j’ai un nerf du deuxième doigt (l’annulaire) sectionné et que j’ai une artère sectionnée dans la main. Dans ma tête, c’est bien fini pour cette main droite… Et je raterai le party de fête de ma meilleure amie le lendemain.

On me fait des points, on me fait un gros bandage et on me renvoie chez moi, je dois revenir le lendemain matin de bonne heure pour être opéré par un chirurgien. On m’a donné des pilules très fortes.

Je reviens chez moi et je me rends chez ma voisine où ma fille est toujours. On est assis tous autour de la table et on jase. Je répète sans arrêt que je suis déçu de ne pouvoir être de la fête le lendemain, mais que peut-être que j’irai si on m’opère de bonne heure. Les autres rient de moi, je suis givré, la bave sur le bord des lèvres, je radote comme un ivrogne… Dodo…

Dimanche 27 janvier 2002, opération réussie. On m’a anesthésié avec de la morphine : ohhhhhh… Je comprends que des gens accrochent sur ce genre de dope, car je me sens si bien quand elle fait effet. Après la salle de réveil et que la dose ne fasse plus effet, je serais retourné me faire opérer une deuxième fois… Oulala le buzz que j’vous dis, haha… 🙂

Retour de l’hôpital le dimanche soir finalement. Ce sera un plâtre pour deux semaines, une attèle pendant deux mois et six mois de physiothérapie au total…

J’ai écrit «opération réussie» un peu plus haut, mais disons qu’il reste des séquelles. Entre mes deux doigts, j’ai perdu la sensibilité, disons comme lorsqu’on se cogne un coude et qu’il y a comme de l’électricité dans nos doigts. Eh bien, c’est comme ça que ça se passe entre mes deux doigts, depuis 14 ans et pour toujours. Bien sûr que ça a affecté mon jeu au piano, au golf, au baseball… J’ai dû m’adapter, mais c’est correct. Le chirurgien m’a même dit que c’était une chance que je sois pianiste et sportif, sinon mes doigts auraient mis plus de temps à guérir et se seraient peut-être même atrophiés si j’avais été le moindrement sans me servir de ces doigts.

Parlant de doigts, j’ai l’impression que je suis passé à deux doigts d’y rester. Je remercie encore aujourd’hui mon amie Andrée, car je suis presque certain, que sans elle, sans son aide, je ne serais peut-être pas là aujourd’hui. J’aurais probablement perdu connaissance (je suis peureux dans ce genre de situation) et me serais peut-être vidé de mon sang… Je dramatise parfois, mais si peu cette fois-ci !  

Bon, c’était une journée de ma vie. Si je l’ai racontée, c’est qu’en écrivant je me libère et je me sens bien du coup… Personne n’est mal là ?

Ah oui, vous savez, les dix marches droites et les quatre qui virent, ça en fait quatorze ! Croyez-le ou pas, mais depuis cet accident, il y aura 15 ans en janvier, chaque fois que je monte ou que je descends cet escalier, je compte les marches une à une, de 1 à 14… C’est bête hein ?!

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

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1 Commentaire

  1. Ahh qu’elle maladresse 🙂 hihi je te taquine, ayant déjà monté ces marches, je me suis vite aperçu que là descente elles étaient dangereuses. Surtout sur une patte lolll

    Au moins, tu as tous tes morceaux mon ami et c’est le résultat final de l’expérience qui compte…je ris encore avec la hache loll c’est très drôle 🙂

    Merci pour ce partage tragique qui en résulte une histoire quand même drôle par moment hehe

    Bonne soirée 🙂

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