Un bad trip Part 1

UN DE MES BAD TRIPS

Ça faisait presque deux ans que je jouais de la musique dans les bars du Québec. Nous allions de ville en village, donner des spectacles et/ou faire danser les gens de 21h jusqu’au last call. Quand ce dernier verre était annoncé et que les lumières blanches s’allumaient pour en avertir le monde, je devenais triste. Mon plaisir de consommateur «social» allait me transporter vers l’isolement. La dopamine et l’adrénaline qui me tenaient en vie coulaient à flots. Pour ne pas que ça se termine, j’invitais des «amis» que je m’étais fait à monter dans ma chambre pour prendre une autre bière, ou pour fumer une p’tite pof… J’avais le choix dans ces bars encore pleins de Sherbrooke, Paspébiac, Sept-Îles, St-Georges-de-Beauce, Trois-Rivières, Deschaillons, Gaspé, Matane… Sinon, nous étions invités par des habitants de ces lieux où nous passions un mois à jouer 4-5 soirs/semaine, ce qui fait que nous étions connus tout autour.

Jusqu’aux petites heures du matin, parfois jusqu’au midi, nous consommions avec des personnes qui comme moi, ne voulaient pas que le plaisir se termine.

J’avais toujours au moins ½ once de haschich sur moi, question de ne pas en manquer. Je fumais en me levant l’après-midi jusqu’au coucher, accompagnant la fumée avec de la bière ou du «stinger», ma boisson préférée (cognac-crème de menthe). De temps en temps, nous fêtions le passage d’amis de Drummondville ou de Windsor en consommant un peu plus fort. De la mescaline, du LDS, du crystal, de la cocaïne… Nous étions en quelque sorte, des petites vedettes rock qui avaient leur fan club qui les suivaient un peu partout.

Ce mois de mai 1979, je jouais à Windsor, ma ville natale. J’avais 20 ans et demi. C’était un mois de 5 semaines. Ma relation avec ma ville natale, comme musicien, en était une d’amour-haine. J’étais content de jouer pour mes amis et j’étais frustré de jouer pour le patron et le répertoire qu’il nous demandait de faire. Disons que nous étions plus rock que pop, et qu’à l’Auberge des Cantons, la mode était au disco, au dance, au pop… Pendant nos pauses, nous allions dans nos chambres, accompagnés de nos supporteurs, pour ne pas avoir à écouter de la musique que nous n’aimions pas. On sortait la guitare acoustique, la contrebasse, la flûte traversière et on s’amusait à jouer du Jethro Tull ou autres musiques du genre progressif… Parce qu’en bas, nous allions devoir jouer les tubes de l’époque : Bee Gees et autres hits du genre.

Mais têtus comme nous étions, nous n’allions pas nous laisser transformer en pop stars, on était des rock stars pardon ! La première moitié de la soirée, nous donnions satisfaction au patron en faisant danser les gens sur des tunes du top 40 de l’époque. Vers minuit, la place commençait à se transformer. De plus en plus de rockers aux cheveux longs commençaient à remplir la salle puisque nous nous payions la traite dans la deuxième partie de ces soirées. Nous passions du son clean au son un peu plus «sale». Entre les Bee Gees et Yes, il y avait un monde qui laissait de la place à Styx, Led Zeppelin, Saga, Max Webster… Le boss n’était pas content et en même temps, il ne pouvait se plaindre, son spot était toujours rempli à craquer. Nous avons fait quelques places comme ça, avant de finalement nous diriger vers des bars plus rock que pop…  

Je n’aimais pas jouer dans ma ville natale parce qu’il y avait plein de gens qui voulaient me parler quand je débarquais du stage et je ne pouvais passer bien du temps avec chacune des personnes qui me connaissait et qui m’invitait à sa table. Une demi-heure de pause, ce n’est pas long quand il y a plus de deux cents personnes que tu connais presque toutes. Parce que j’étais un sportif-consommateur bien connu, qui parlait avec tout le monde. Parti depuis 2 ans, je revenais rarement par chez nous, vivant sur la route, vous l’avez deviné.

Je passais pour un indépendant qui ne voulait pas s’asseoir 5 minutes, au pire, pour un «frais chié» parce que je me faufilais pour aller dans une chambre avec des gens choisis. Oui et non, j’étais indépendant. Je vivais «à mon compte», sans patron autre que celui qui nous donnait l’argent qui allait servir à nous nourrir, qui allait être utilisé encore plus pour l’achat de produits qui nous donneraient l’illusion que nous étions puissants : power trip !

Ce jour de mai 1979, nous ne jouions pas. C’était un mardi soir de fin de saison de hockey. Les trois autres membres de mon band étaient partis à Montréal, LA ville pour aller voir un match de hockey du Canadien, équipe que je n’aimais pas, parce que je n’aimais pas ceux qui gagnaient toujours…

Ma journée commença vers les 14 heures. Je me suis ramassé chez des vieux chums pour aller m’acheter ma demi-once de hach. Tant qu’à en acheter, aussi bien en fumer, je me levais à peine. Et pendant que des gars étaient occupés à encapsuler de la mescaline (il y avait une belle petite montagne sur une table), je passai les saluer en passant mon doigt dans une petite ligne qui dépassait. Une heure plus tard, après avoir bu quelques bières froides, j’étais dans un autre état. La vie était belle et drôle. En plein après-midi d’une journée chaude du printemps, j’étais comme tiède, parce que un quart chaud, trois quarts gelé.

D’une bière à l’autre, d’un joint à l’autre, on a sorti quelques petits sacs magiques remplis de pellicules du diable. On s’amusait maintenant à se «moucher à l’envers». Une coche de plus du côté du gel. Les bières se buvaient de plus en plus rapidement et mon pouls s’accélérait au rythme des lignes que j’enlignais aux vingt minutes.

Nous avons décidé de nous transporter à la brasserie. Belle gang de tous croches… Vers minuit, mes amis musiciens étaient avec nous. Nous savions qu’un gars de Windsor avait reçu des champignons magiques et qu’il en avait à vendre. Nous nous sommes cotisés et quelqu’un est allé en chercher. Je n’étais pas porté vers les champignons, mais ce soir-là, j’aurais gobé n’importe quoi pour être sur un high incroyable… Ce qui finit par arriver…

À suivre...

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

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3 Commentaires

  1. Se moucher a l’envers…..j’aime bien l’expression

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    • Daniel-Nicolas Lapierre

      C’est pas mal ça hein ? Haha… 🙂

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