Un bad trip Part 2

Bad trip 2, suite et fin

Pour résumer la première partie : nous sommes en mai 1979, je suis musicien, je joue dans ma ville natale, Windsor Québec. Un mardi, à partir de midi, je consomme de la bière, du hach, de la mescaline et de la cocaïne. Vers minuit, une gang d’amis avec qui je suis, décide de prendre des champignons. Pour moi, ce sera la cerise sur le cocktail qui m’emportera vers un high jamais atteint.

Il est environ minuit…

Quelques minutes après avoir mangé de ce poison (c’était mon premier et seul repas de la journée), je suis tombé dans un autre état. Second, je dirais. Je suis parti pour aller aux toilettes, quand le plancher s’est mis à lever devant moi. J’avais de la misère à marcher, croyez-moi. Dans le temps de le dire, les murs fonçaient sur moi. Il y avait comme des tourbillons d’électricité statique qui me frappaient de tous les bords, moi qui n’aime pas les «chocs nerveux». Je ne sais pas ce que les autres voyaient mais je les voyais rire aux larmes, exactement ce que les champignons doivent donner comme effet. C’est moi qui les faisais rire comme ça. J’imagine les «stépettes» que je devais faire avec tout ce que je voyais qu’ils ne voyaient pas. J’étais le seul à avoir mélangé autant de substances illicites.

J’ai demandé au drummer de venir me reconduire à ma chambre d’hôtel, je n’allais pas bien. Il est venu, accompagné du guitariste. La route, 3-4 kilomètres, m’a paru être le chemin le plus long de toute ma vie. J’ai demandé aux gars de ne pas me laisser seul, de revenir le plus vite possible, j’étais comme en état de panique… En riant encore plus fort, ils m’ont dit qu’ils allaient revenir. Je n’étais pas certain que c’était ce qu’ils feraient, j’avais peur, vraiment…

Je suis monté dans ma chambre, j’ai mis de la musique. Un long-jeu de John McLaughlin, le Mahavishnu de la musique. Guitariste spécial dont le style serait difficile à vous décrire. Sur ma table tournante Marantz et mon système Pionner, j’étais équipé pour que ça sonne.

Je me suis couché sur mon lit en écoutant cette musique, voulant me calmer. Ça allait bien, j’étais parti dans un trip où j’entendais non pas que de la musique, mais aussi toutes sortes de bruits qui n’existaient que dans ma tête. J’entendais, entre autres, les conversations téléphoniques qui passaient dans le fil de téléphone que je voyais de ma chambre… De «drôles» de discussions, mais ça allait.

J’ai décidé que je me couchais en position de fœtus pour me sentir encore mieux et je me félicitai d’avoir eu cette décision, le calme s’installait de plus en plus. Les sons que j’entendais étaient doux et calmants, comme des bruits de vent. J’ai vu une grosse main «nuageuse» qui est venu prendre mon lit entre ses doigts. C’était Dieu qui m’emmenait faire un petit tour dans les airs ! J’étais bien, tout était relaxant, le voyage était devenu bon à faire. Mais le trip ne dura pas…

En me déplaçant de ma position d’enfant à venir au monde, je suis revenu au plancher qui montait, aux murs qui me fonçaient dedans, aux cercles électriques qui me fouettaient le corps de tous bords, tous côtés. Pour détruire ce cauchemar je lançais tout ce que je pouvais trouver en sa direction et je voyais des explosions, des miettes de couleurs qui se fracassaient sur les murs, sur le plancher qui me laissait tranquillement marcher de mieux en mieux. J’ai balancé mon lit dans une fenêtre, j’ai passé mon poing à travers un miroir et le mur à la fois, me découpant ainsi les jointures qui saignaient abondamment.

Je me suis mis à écrire tout ce qui me passait par la tête, en relisant le lendemain, j’ai vu que tout ce que j’écrivais avait rapport avec mon petit frère de 12 ans. Un genre de testament qui lui léguait tout ce que j’avais et qui demandait aux lecteurs de prendre soin de lui, de l’éloigner de moi car j’étais maintenant sous l’emprise du démon. Je demandais qu’on le protège, qu’on en prenne soin et j’en passe…

J’ai entendu des sons lourds et sourds qui brisaient l’atmosphère dans laquelle je baignais. C’était des gens qui essayaient de défoncer la porte que j’avais verrouillée derrière moi. Ils réussirent. J’ai vu quelques têtes, le regard hagard, en ma direction, dans toutes les directions, car ma chambre n’en était plus une. C’était un champ de bataille que j’avais perdue. J’étais assis par terre et je pleurais. Je criais aussi. Une claque au visage m’a secoué. C’était le barman de la taverne au-dessous de ma chambre, qui était là pour me secourir. Le bon Clément m’emmena à l’urgence de l’hôpital où on m’accueillit froidement. C’était l’impression que j’avais.

Assis sur un tabouret, un médecin et une infirmière me posaient des questions pour savoir ce qui c’était passé, pourquoi j’avais du sang partout. J’étais nerveux, très nerveux. Je répondais n’importe quoi parce que je croyais qu’ils voulaient que je leur donne des noms des gens qui m’avaient fourni des drogues. Il n’était pas question que je dénonce mes amis. Et les questions continuaient à fuser en ma direction, c’est comme si on m’attaquait. Le médecin me donna une pilule, je ne savais trop quoi. Probablement un calmant, et il m’invita à aller m’allonger dans une petite chambre de rien du tout où je me sentais prisonnier. Ce calmant, si c’en était, n’avait guère de portée contre le cocktail puissant que j’avais pris dans les 12 ou 13 dernières heures.

J’ai quitté l’hôpital sans demander la permission. De là, dans mon plan d’évasion, je m’en irais chez ma sœur pour y trouver de l’aide. Ma sœur connaissait le monde de la drogue, elle avait épousé un ancien gars de bicycle.

J’entendais comme je n’avais jamais entendu. Le bruit d’une voiture qui venait de loin, ce qui me donnait le temps de me lancer dans les fossés pour me terrer. La guerre n’était pas terminée. J’ai pris tous les raccourcis possibles pour me rendre chez ma sœur. Les raccourcis étaient en fait, les boisés ou les champs qui me permettaient de ne pas me faire voir en cette nuit où tout était tranquille dans ma petite ville…

Je suis arrivé chez ma sœur je ne sais l’heure qu’il était, mais je les ai réveillés elle et son mari. En me voyant tout plein de sang, elle a cru que j’avais eu un accident et elle me demanda si j’étais avec un de mes frères et pourquoi il n’était pas là. Je l’ai inquiétée un peu… Mais quand j’ai commencé à leur raconter ma journée et tout ce que je viens d’écrire, les rires étaient rassurants. Plus je racontais, plus ils riaient, me disant que j’avais fait un «bad trip», que ce n’était pas grave… TOUT devint enfin acceptable et la guerre était terminée. Plus JAMAIS, je ne reprendrais de dope, j’en avais fait la promesse… jusqu’à ce que je trouve mon hach dans mes poches, le lendemain. Mais, je consommerais modérément, jusqu’à mon prochain bad trip… d’acide…

PS : si je vous ai partagé cet événement, ce n’est pour avoir l’air d’un glorieux, sinon j’aurais porté l’uniforme du Bleu Blanc Rouge, haha… Pour moi, ça fait partie de ma vie et l’écrire met mes démons encore plus loin derrière moi. Merci d’être passés ici…

    

Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L'ADN, je l'ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

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6 Commentaires

  1. Oufffff!!! Juste à lire je me sens toute croche!!
    Pas drôle tout l’ temps nos expériences….mais Dieu merci, parfois la chance est présente quand il nous arrive des bads- trips, à jeun ou non!!
    xx

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    • Daniel-Nicolas Lapierre

      Haha… Ça ne paraît pas que tu es toute croche, je te vois de ma «chaise à écriture». Calme-toi, c’est du passé. 🙂 xx

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  2. John McLaughlin and the Mahavishnu orchestra…..le bon Clément tu me fais revivre des moments aussi avec tous ces mélanges de dope et d’alcool. Bonne journée Dan 🙂

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    • Daniel-Nicolas Lapierre

      Merci de prendre le temps de me laisser un petit mot, j’apprécie mon ami Alain. Bonne journée aussi. 🙂

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  3. Je me souviens bien de ce bad trip Dan…j’allais parfois visiter vos chambres pendant vos breaks. C’est un de mes frères qui m’avait dit au sujet de la chambre démolie et toute cette mésaventure. J’avais eu bien peur pour toi. Je n’ai jamais pris de drogues et cet épisode-là m’a convaincu que je devais rester loin de tout ça. C’est vraiment spécial que tu en parles après toutes ces années! Merci de ton partage, mon grand ami! Contente que tu sois là! Tu avais beaucoup plus à faire sur cette Terre…et ce n’est pas fini! Je t’aime XX

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    • Daniel-Nicolas Lapierre

      C’est loin derrière moi tout ça. Et je suis bien content d’être encore de ce monde, malgré les bouts rough. Et oh que c’est loin d’être fini. Merci encore de venir me laisser un beau mot. Je t’aime moi aussi SAM. xx 🙂

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