Un long moment sans Moman…

Un long moment sans Moman…

Pour tourner les coins ronds, comme je fais depuis douze jours…

Mon frère m’appelle samedi soir, le 4 juillet vers 21 heures pour m’annoncer qu’il a fait transporter ma mère à l’hôpital, qu’elle a fait une hémorragie, selon les premières constatations. Il me dit qu’il l’a quittée et qu’elle blaguait, qu’il riait, tellement elle était comique. Que dimanche matin, ils allaient « colmater les brèches » (je ne sais pas comment dire autrement). On jase pendant plus d’une heure et on se laisse, et je me dis que j’irai la voir dimanche matin, à Sherbrooke.

Quelques heures plus tard, ma blonde me réveille pour me dire que j’ai un message sur le répondeur, l’appareil clignote. On n’entend pas le téléphone en haut, le ventilateur ventile fort. C’est ma sœur qui me demande de la rappeler ; ma mère ne va pas bien. Moi, tout-à-coup, j’hyper-ventile… Pré-sentiment. Je l’appelle aussitôt. À 4 heures du matin, mon frère et ma sœur ont été appelés d’urgence par quelqu’un de l’hôpital. Ma nièce les accompagnait. À 6 heures, le médecin est sorti de la salle d’opération avec un visage qui disait tout, paraît. (résumé de ce que ma sœur m’a raconté sans que je sois certain de ce que j’entendais)

NON… Bang ! Coup de poing dans le front, dans le ventre, dans le plexus solaire, dans les genoux : un seul coup !

Je demande à ma blonde si je suis bien réveillé et sans même attendre sa réponse, je la supplie de me dire que je ne suis pas réveillé. « Ma mère est morte », que je lui répète 4-5 fois, peut-être plus. Elle hoche la tête, je suis saisi. Elle me sert dans ses bras, je ne sens absolument plus rien.  

La journée la plus difficile de ma vie commence. La mort ne m’a jamais parlé d’aussi près. Je ne la connais pas vraiment à vrai dire. J’ai l’impression d’être dans un mauvais film. Je pleure, je sanglote, je parle avec une voix tremblante, sans arrêt. Je marche de la même façon que je parle.

Dehors, le ciel est d’un bleu magnifique. Ma vue est embrouillée. J’essaie de me dire qu’elle allait mourir un jour, mais je n’étais pas prêt aujourd’hui. Quand ça frappe sans avertir, je trouve que ça manque de savoir-vivre ! La tristesse côtoie, encore une fois, la colère. Le temps est comme arrêté, mais la vie continue : les chiffres changent sur les horloges.

Je me suis passé de l’eau dans le visage et en me voyant dans le miroir, j’ai répété « moman », à plusieurs reprises, le ton montant à chaque fois. J’aurais voulu prendre le téléphone, mais je ne peux plus lui passer le coup de fil qui aurait pu m’aider à lui demander pardon de lui avoir donné du fil à retordre.

Je l’ai toujours appelée « Moman », comme dans La petite vie. Bien avant que l’émission existe. Jamais été capable de dire maman. Ce matin, cet après-midi, ce soir, maintenant, je serais prêt à l’appeler comme vous voudrez… Mais elle ne répondra pas. Plus jamais.

Ce dimanche 5 juillet, j’ai passé la journée à me sentir comme un tout petit enfant qui aurait besoin d’une caresse, d’une main passée dans les cheveux, d’un câlin réconfortant. J’aurais voulu qu’on me dise que je faisais un mauvais rêve. Des clichés ? Emmenez-en. L’émotif que je suis, croyait avoir vécu toutes les émotions possibles. J’en ai découvert de nouvelles que je ne suis pas encore capable de décrire ou même d'écrire. 

Puis… des rires. Nerveux, au début. Et fous, par la suite. Et des larmes qui coulent toujours, un peu comme lorsque le soleil brille dans le ciel et qu’il tombe quelques brins de pluie ; on trouve toujours ça surprenant, beau et bizarre à la fois… Des prières, des appels à mes frères et à ma sœur, à des amis. Il faisait super beau, j’ai regardé le ciel je ne sais combien de fois. Je regardais ce qui se passait à l’extérieur ; les gens en bateau ou en voilier sur le fleuve, les cris de joie, les voisins qui jasaient et j’aurais voulu que tous se taisent par respect pour ma mère. « La vie continue Dan ! », qu’elle m’aurait sûrement dit. 

Quand toute la famille et les proches ont été avertis, j’ai laissé une note sur Facebook le soir, pour annoncer le départ de ma mère. Comme pour me sentir moins seul. Un immense besoin de dire ou de crier à la planète entière : « ma mère est morte » ! Et puis, les mots que plusieurs d’entre vous qui me lisez, là, en ce moment, m’avez écrits. Réconfortantes personnes autour de moi. Merci tsé… On dirait qu’on sait tout ce que ça peut faire la mort, pour avoir vu des gens pleurer dans des films, autour de nous… mais tant qu’on ne l’a pas vécu, on ne le comprend pas. Je parle pour moi du moins.

J’ai passé la semaine à parler avec ma mère le soir, dans mon lit. Elle était là, j’en suis sûr, pensez ce que vous voulez. Et puis, jour après jour, tout ce que je pouvais dire aux gens, c’est devenu : « c’est correct ». Avec un sourire. Un calme s’installait doucement en moi. Ma fille m’appelait à tous les jours, rien de nouveau à ce qu’on se parle souvent. Mais dans sa voix de jeune femme qui fêtait ses 23 ans, 2 jours avant la mort de sa grand-mère, il y avait une telle douceur que seule une mère peut utiliser pour nous réconforter. Je me suis souvenu que ma fille est une mère, une vraie. Ma fille me cajolait de ses mots apaisants et j’entendais un sourire dans l’énergie qu’elle m'envoyait. Une fille qui console son papa, c’est beau, tellement ! S’agit de la laisser faire, de ne pas lutter, de laisser monter les émotions, de…

Puis, quelques soubresauts… La crainte « d’affronter » les gens qui viendraient nous transmettre leurs condoléances, sympathies et autres mots que moi, j’ai toujours eu de la difficulté à trouver dans les salons où on ne regarde pas la télé. Cette crainte, ces appréhensions ont vite été remplacées par les regards sincères des gens qui sont venus dire un adieu à moman. Des gens, amis, parents de la famille. De mes frères, de ma sœur, des amis à moi, à nous 4… Je ne savais pas que le temps passerait aussi vite. J’aurais dû m’en douter, je ne le répéterai jamais assez, je suis choyé par la vie, par les gens qui m’entourent.

À travers ces mots, je voulais seulement vous décrire comment moi j’ai rencontré la mort, sans qu’elle m’avertisse qu’elle venait nous soutirer celle qui nous a mis au monde. À chacun ses réactions. C’était les miennes et j’ai à peine survolé ma semaine. Il en viendra d’autres, je les apprivoiserai du mieux que je peux, sans les fuir…

Je vous parlerai sûrement de ma mère dans un prochain texte. Elle m’a tellement appris de belles choses sur la vie. Elle ne m’a JAMAIS jugé et elle m’a toujours encouragé à faire ma vie comme j’avais le goût de la vivre. J’ai maintenant un ange qui veille sur moi, j’en suis convaincu, peu importe ce que je crois. Une étoile de plus dans le ciel, certains m’ont écrit…

Après 12 jours, mon corps entier respire. Mon esprit ventile et j'ai appris bien des choses ces derniers temps... Sans avoir choisi la mort comme enseignante, je l’accueille dans mes apprentissages. Elle ne m’aura pas pris ma mère sans rien me laisser, qu’elle en soit avertie. Je serai plus fort, plus vivant que jamais. Elle ne me fait pas peur, car je suis bien entouré. Je sais qu’elle viendra me chercher un des ces jours. « Ne te presse pas, j’ai une vie à vivre ! » Protège-moi Moman, s'il-te-plaît !

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Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L'ADN, je l'ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

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5 Commentaires

  1. Je viens de te lire. Mes 2 parents sont partis en 78, j’avais 2 enfants et monoparental. Il n’y a pas d’âge pour perdre ses parents. Je pense qu’on n’est jamais préparé à ce genre de vide. Merci tellement pour ces beaux écrits.
    Sylvia

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  2. Merci pour ce texte des plus touchants sur ta Moman… xx

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  3. Salut Daniel, bravo pour ce texte rempli d’émotions, de toi. J’ai souvent entendu dans des groupes de croissance: » tu grandis encore et ce n’est pas fini ». Cet évènement t’amènera encore un peu plus loin avec le temps.
    Dans le témoignage à ta mère tu nous as rappeler ce qu’elle a été pour toi. Des émotions ont pris une place importante dans les derniers jours, elles s’évanouiront lentement pour laisser place à des souvenirs beaux et des moins beaux. Ils font maintenant partie de fragments de ta vie passée, pleins d’émotions, de vie.
    Prends soin de toi Daniel, en attendat je t’entoure de lumière blanche.
    Je pense souvent à toi et à cette jasette que l’on aura peut-être un jour prochain.
    Amitié Pépé

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  4. Dan, je n’avais pas encore lu ton texte sur ta moman…Je pleure comme une Madeleine…je viens de laisser ma mère au Québec avec la crainte au coeur que cette fois-ci sera peut-être la dernière fois. Je ne sais pas comment vivre sans ma mère, même après en avoir été éloignée pendant 33 ans. Elle est toujours là tout près de mon coeur, même à plus de 4500 km qui nous séparent, malgré nos différents. Je la reconnais dans ce que je suis, dans les valeurs que je transmets à mes enfants, dans mes traditions,dans mes recettes préférées, dans mes expressions. Je sais que nous sommes très différentes. J’ai beaucoup de papa en moi. Mais elle m’a donné la vie, elle prend encore soin de moi et s’assure que je ne manque de rien, que je suis heureuse. Et c’est ce que tu vis Dan quand tu dis que tu lui parles, elle sera toujours là. J’y crois vraiment car j’ai encore de grandes conversations avec mon papa. Merci Dan d’avoir partagé tes feelings avec moi, avec nous. Ta moman vit en toi et en ta descendance. Tant que tu auras un souffle de vie…

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