Un sport de vieux

Un sport de vieux

♫ En ’67, tout était beau-eau, c’était l’année d’l’amour, c’était l’année dl’Expo. ♫  

Ouais, mais pour moi, c’était beaucoup plus que ça : c’est l’année où j’ai commencé à jouer au golf. Et oui, un sport de vieux, que plusieurs disent. Peut-être ai-je une vieille âme, qui sait ?

Mes premiers pas sur le gazon verdâtre (j’en ai pas encore vu du bleu) ont été effectués sur le terrain à peu près le plus laid que j’ai vu de toute ma vie de golfeur (c’est quand même ma 48ème année). Je sais qu’il y a des lecteurs de Windsor, Québec. Peut-être me trouveront-ils pas fin de parler comme ça du champ de golf qu’on avait (ils vont construire dessus, fermé depuis 2 ans). Mais avouez, quand même…

Terrain laid ? Je m’explique. Prenez un grand champ et mettez dessus 9 trous qui font entre 90 et 400 verges. Avec des verts touts petits petits. Toute cette surface de jeu, avec 5-6 arbres en tout et partout. Mais des vieux arbres là.

Que vous jouiez sur n’importe lequel de ces 9 trous, vous risquiez d’entendre « Fore », plusieurs fois lors de votre partie. Parce que les balles se croisaient, peu importe qui s’en allait où. Mais prenons cela du bon côté, ça nous permettait de jaser avec tout le monde, de socialiser ! ET, à part une couple de balles que j’ai vues frapper sur des sacs, sur des autos qui descendaient la rue du Moulin, ou fracasser des vitres de la maison en bas, à gauche du trou no 1... je n’en n’ai jamais reçu une seule. On avait les oreilles en forme de radar et des yeux de lynx, et il y avait du respect : fallait, minimum, savoir crier FORT si notre balle s’en allait en direction des autres joueurs. Du gros savoir vivre dans le monde du golf, ouais.

Mais voyez-vous, j’ai beaucoup aimé ce champ, que j'ai l'air de dénigrer depuis le début. Même si on n’avait jamais les pieds à plat et que la balle devait tomber 30 pieds avant le vert pour qu’on l’atteigne et qu’on reste dessus… Portrait ? Windsor, c’est une petite municipalité en Estrie, près de la rivière St-François, dans une région de vallons. Jamais les pieds égaux que je vous répète, ça vous donne une idée de la difficulté que nous affrontions, hein ? Quand on arrivait sur un terrain plat et que l’adversaire (un joueur qui ne jouait pas sur notre terrain) avait les pieds plus hauts que la balle et qu’il l’envoyait dans l’eau bien à droite du trou, on était morts de rire, parce que « nous », de Windsor, on connaissait les lois de la physique, qui disent que... Ah, je ne partirai pas une longue histoire avec ça...  

Petit terrain ou pas, on a été plusieurs à jouer dessus, pendant ces belles années. Ça me fait de la peine quand je vois que ce champ a finalement perdu toute la vie qui lui avait été donnée pendant… des dizaines d’années : 60-70 ans ? J’sais pas. En tout cas, j’ai de la peine pour lui. Moi, si j’avais été champ, j’aurais préféré porter le nom de Golf, plutôt que celui de Vache. Oh que oui ! Et là, on ne parlera plus de Terrain (de son vrai nom), mais de terrains, divisés autrement. Il va se faire trouer pas mal plus que 9 fois le pauvre. Tu avais quand même beaucoup de classe, mon cher terrain champ de golf… 

Parlant de classe… Le golf, j’ai appris à le pratiquer avec des gens plus âgés que moi. Pas par choix. Nous n’étions pas légion à le pratiquer à 8-9-10 ans… Ça m’a permis d’apprendre des trucs de mon père, qui joue encore, bien qu’il aura bientôt 83 ans. Un sport de vieux, j’vous dis. Mais je vous assure que malgré mon jeune âge (dans le temps), je n’ai jamais entendu un monsieur se plaindre que je jouais avec eux. Bien sûr, je n’étais pas là jusqu’aux p’tites heures du matin pendant que ça jouait aux cartes dans le club-house. Peut-être parlaient-ils dans mon dos les vieux schnouks ?

Bah, je n’ai jamais su. L’important, c’est qu’ils étaient fins avec moi. Ils me payaient l’orangeade Crush, qui tombait dans un verre de carton, à 10 sous le verre, m’en souviens très bien. J’ai encore l’odeur et le son de la machine qui laissait tomber le verre quelque pouces plus bas, et de la fontaine qui crachait le liquide orangé jusqu’à ras bord… La première gorgée avec un peu de broue, hum… Et mon père gageait et je ne le disais pas à ma mère quand il avait perdu. J’avoue que ça n’arrivait pas souvent. Mon père, comme l’autre chantait : c’était le plus fort.   

Je pense que ça représentait bien les années ’60-’70… Années où les gens prenaient le temps de se parler. Où les gens de chez nous, du moins, ne regardaient pas la différence d’âge. Pas dans ce sport du moins. Mon père ne m’a jamais invité à aller jouer dans ses ligues de hockey quand j’avais 8 ans. J’aurais probablement tournoyé sur moi-même assez souvent et je me serais peut-être dirigé vers le patin de fantaisie (c’est comme ça qu’on appelait le patin artistique jadis…).

Ça fait que... je vous aurai parlé de golf au moins une fois, ici. Si vous me voyez en personne, y a des chances que j'en glisse un mot. Hey ! Pis j'vous ai même pas dit que je joue avec des filles aussi, pis que le mot GOLF, c'est même pas vrai que ça veut dire : Gentlemen Only, Ladies Forbidden... J'ai pas le temps de vous en dire plus, il est 3 h 15 et j'ai un départ à 7 h 30 tantôt...

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Daniel-Nicolas Lapierre

Auteur: Daniel-Nicolas Lapierre

L'ADN, je l'ai reçu, comme tout le monde a reçu le sien. Mon ADN, je le partage avec le monde, le mien. Ajoutez le vôtre !

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6 Commentaires

  1. merci de partager tes réflexions . J’ aime ton écriture

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  2. Le GOLF, quel beau sport que j’ai aussi déjà qualifié de sport de pépère. Il faut beaucoup d’humilité, de persévérance et un minimum d’habileté physique pour le pratiquer. Tu as oublié de mentionner que tu es un as golfeur… mais ça, on laisse les autres le faire à notre place. Pis des fois, on ne vaut pas plus qu’un valet… loll! La photo, est-ce toi ou ton père? Beau texte imagé.

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    • Daniel-Nicolas Lapierre

      Oui t’as totalement raison Brigitte. Humilité, persévérance… J’aurais pu faire 2-3 textes, j’étais parti pour ça… J’ai coupé pas mal.

      J’ai toujours dit : « si tu veux découvrir la vraie personnalité d’une personne, emmène-la jouer au golf. » Et je ne crois pas avoir inventé cette phrase.

      Pour ce qui est de la photo, c’est moi ! Photoshop quoi. J’ai l’air d’avoir des petites épaules, genre Éric Salvail. 😉 Chic hein ?

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      • Hahaha! Quand on y porte attention, c’est vrai que tu es pas mal plus  » shapé  » ! J’me disais aussi que c’était pas toi… 😉

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        • Daniel-Nicolas Lapierre

          Ben c’est moi, oui et non… C’est mon visage quand même, sur un corps moins « shapé », merci pour le terme. 😉 Haha…

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  3. Salut Daniel, belle anecdote, ça m’a ramener loin en arrière. Je me souviens aussi de ce terrain de golf. Moi je l’ai fréquenté surtout le soir. Bon ça y’é tu penses mal je le sens. Ah! Ah! Non mais nous c’était à la noirceur, avec une lampe de poche communément appelée à cette époque une flash light, la cueillette des vers de terre sur les green pour une journée de pêche le lendemain matin. Les abords de la Watopeka je les connaissais, aussi les meilleurs spots pour taquiner le poisson.
    Ta photo super, t’as sûrement fouiller dans les boules à mites pour la retrouvée.
    Sans rancune mon cousin

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